De nouvelles mesures en faveur de la sécurité routière ont été annoncées hier par le Ministre de l’Intérieur, Claude Guéant. Entre autres, les radars ne seront plus signalés ; les avertisseurs de radars seront interdits. Y a-t-il un enjeu économique dans la sécurité routière ?

Disons que l’enjeu n’est pas principalement économique, mais qu’il est aussi économique. Pas principalement parce qu’il s’agit de vies humaines, de blessés – qui n’ont pas de prix –, et de maturité sanitaire (comme sur le tabac). Mais cela concerne aussi l’économie. Car les accidents ont un coût collectif. Celui-ci est épouvantable à évaluer parce qu’il mélange les frais médicaux, les dommages matériels et les pertes de richesses présentes ou futures quand il y a des décès, des invalidités ou des arrêts de travail. Au total, la dernière estimation officielle, qui a trois ans, évalue à 25 milliards d’euros par an le coût de l’insécurité routière. C’est plus de 1% du PIB, c’est beaucoup.

Ça, c’est l’enjeu des accidents. Mais y a-t-il un enjeu économique de l’amélioration de la sécurité ? Oui. Alors, on peut déjà dire que la France a de bons résultats. En dix ans, le nombre de morts a baissé de 7.600 à 4.200 et celui des blessés – qu’on oublie trop – de 162.000 à 89.000. C’est le domaine ou l’action politique a été la plus efficace. Pourquoi ? Parce qu’il y une volonté depuis Jacques Chirac et aussi parce que l’on a une bonne connaissance des facteurs de risques : les rôles des lois physiques (la vitesse, les chocs), de la qualité des infrastructures et des véhicules ou du non-respect des règles. Là, il est scientifiquement plus facile de savoir quoi faire que sur l’emploi, la pauvreté ou la croissance…

A partir de là, plusieurs leviers peuvent être et sont actionnés. Et ils ont chacun un coût. Améliorer les transports publics, les routes, imposer aux constructeurs automobiles des normes. Mais au fond, c’est le changement des comportements (de gré, de force) qui offre le meilleur (si on peut dire) rapport qualité – prix.

Et notamment avec les radars et les contrôles … Attention, l’amélioration des chiffres a commencé avec la prévention, les ceintures de sécurité (années 70). Les sanctions sont venues ensuite, avec le permis à point et, donc, les radars. Au passage, remarquons que le gouvernement assume l’impopularité en supprimant le repérage des radars. Ces radars sont une idée de génie. Le système s’auto-entretient, les amendes financent les machines. Une société privée gère même le système pour éviter les confits éternels entre les ministères concernés (Justice, Bercy, Intérieur etc.). Ici, tordons le coup à une légende, l’Etat ne gagne pas d’argent dans l’affaire. Aujourd’hui, le paradoxe est que les conducteurs ont tellement levé le pied, que les recettes des flashs ont baissé l’an dernier. Les mesures annoncées hier devraient les remonter ! Les détracteurs des radars pensent qu’il serait plus malin de mettre plus de gendarmes à la sortie des boîtes de nuit. Mais c’est plus cher...

La coercition est quand même le moyen le plus efficace ? Oui. Mais le problème, comme pour toutes les règlementations tatillonnes, c’est qu’elles traquent tout le monde pour débusquer les vrais dangers publics. Car en poussant la logique à l’absurde, une mesure simple diminuerait brutalement les accidents : interdire la conduite aux hommes !

Ils sont impliqués dans trois accidents mortels sur quatre. Parce qu’ils sont plus dangereux que les femmes ou conduisent plus ? A vous de choisir. Mais l’économie n’a pas la réponse !

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