Les élections européennes ont lieu dans deux semaines. Quel que soit leur résultat, selon vous, trois questions se poseront.

On entend beaucoup parler du désintérêt des Français pour ces élections du 25 mai, et de la poussée des populismes. Mais quel que soit le résultat, effectivement, l’Europe n’échappera pas à des questions portant sur son incarnation , sur une certaine confusion des rôles et sur la direction qu’elle emprunte. D’abord, l’incarnation . Qui pour la diriger ? Depuis vingt ans, le choix a été fait de personnalités qui ne gênaient pas les grandes capitales, mais qui, aux yeux du monde et des Européens eux-mêmes, avaient peu de légitimité et de visibilité. Qui, parmi les auditeurs, peut citer le nom des prédécesseurs de Manuel Barroso, lui-même peu connu en France ? (blanc) ... Peu de monde ! ... Jacques Santer, Manuel Marin et Romano Prodi ... Maintenant que la Banque centrale européenne est connue des acteurs économiques du monde entier, maintenant que le Parlement européen a des pouvoirs renforcés, la direction de l’exécutif européen ne peut pas rester de second plan. Si c’est le cas, disons-le : aux yeux du monde, c’est l’Allemagne qui continuera à incarner l’Europe. Pour ce poste, disons-le aussi, une bataille dans la bataille se déroule actuellement. L’Allemand Martin Schultz et le luxembourgeois Jean-Claude Juncker, têtes de listes de la gauche et de la droite modérées, considèrent que celui des deux dont le parti aura gagné le 25 mai sera le futur patron de la Commission. C’est une lecture extensive mais possible des traités ! François Hollande a dit jeudi son accord (cela a été peu relevé), mais Merkel, non. Pour elle, ce sont toujours les chefs d’Etat qui doivent désigner le président à Bruxelles. Le bras de fer sera musclé. Bref, cette question du visage de l’Europe est déterminante.

Deuxième question, deuxième enjeu : la confusion des rôles.

Nous allons tous voter pour élire des députés représentant les 28 pays de l’Union. Mais ce qui préoccupe le plus les Français, les Espagnols, les Italiens, les Allemands, c’est la zone euro – la zone des 18 qui ont renoncé il y a quinze ans à leur souveraineté monétaire. Et pourtant, le Parlement qui sortira des urnes est modérément concerné à ce titre. La Commission qui sera nommée à l’automne a une vocation plus large et ne nous parle de la zone euro que sur le seul sujet des déficits. Qui peut décrire l’organisation des pouvoirs et des responsabilités au sein de la zone euro ? Personne ! Le désintérêt des électeurs est compréhensible.

Dernier enjeu : la direction que prend l’Europe.

Les débats portent sur l’austérité excessive, le niveau de l’euro, les grands investissements, ... Ils sont légitimes. Mais curieusement, le sujet le plus important est tabou : si on veut garder l’euro, il faudra plus d’intégration fiscale, budgétaire, sociale entre les 18. L’euro a été sauvé ric rac en 2010-2012. Il n’aura pas de seconde chance. C’est tout simple, mais personne n’ose ce débat-là. Incarner l’Europe, sortir de la confusion, dire la vérité : le programme est lourd.

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