Vous revenez surle discours de Nicolas Sarkozy à Villepinte hier.

Oui, discours dont l’axe central est une question : l’Europe doit-elle changer ? Et dont la réponse est : oui, elle doit arrêter d’être le naïf du village mondial. Suis-je - c’est Nicolas Sarkozy qui parle - suis-je légitime pour le dire ? Oui parce que j’ai montré que j’étais européen, en sauvant l’euro, en aidant la Grèce. Il fait trois propositions. Sur la renégociation des accords de Schengen sur la circulation des personnes, la réciprocité des échanges commerciaux et la part des contrats publics qui devrait être réservée aux PME européennes. Grande nouveauté, la France agira seule, sans l’Europe, si rien ne change. L’objectif politique est clair : proposer du concret aux électeurs qui expriment un ras-le-bol vis-à-vis de l’Europe.

Sur le fond, ces propositions sont-elles nouvelles ?

Non ! Sur Schengen, Nicolas Sarkozy avait ouvert le débat à propos des Tunisiens pendant le printemps arabe. Cela dit, le retour des passeports aux frontières françaises dans un an est absurde ! Sur la réciprocité commerciale, la question est, là, bien posée. Le constructeur ferroviaire canadien Bombardier peut fournir les trains de l’Ile-de-France, mais les lois canadiennes interdisent au français Alstom de concourir à Montréal. Sans parler du Japon ou de la Chine. Là, la France pourrait agir seule, l’Organisation Mondiale du Commerce l’autorise. Dernier sujet : les PME. Aux Etats-Unis, elles ont droit à 23 % des marchés publics. Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal avaient promis de faire pareil en 2007, les autres Européens ont refusé en 2008. Là, une application unilatérale pose problème, mais on ne comprend pas bien pourquoi c’est de compétence européenne.

Bon, des sujets intéressants, mais sont-ils importants ?

Pas essentiels. Le risque, c’est la frontière (sans jeu de mot) entre la protection utile de l’Europe et les sirènes du protectionnisme. D’un côté , Nicolas Sarkozy ne peut pas être suspecté d’être anti-européen. Les socialistes, qui n’ont pas voté l’aide à l’euro et à la Grèce, sont mal placés pour donner des leçons d’Europe. Le président-candidat, qui s’est fait voler le sujet des impôts avec le « 75% » du PS, a peut-être enfin trouvé son projet dans cette campagne : l’Europe. Une Europe qui est notre horizon mais qui doit évoluer. Il espère avoir trouvé les deux angles morts de François Hollande : le silence sur un monde qui change et le supposé manque de courage pour faire autre chose que ce qui a toujours été fait. Mais d’un autre côté, ce discours sur l’Europe est tellement français. L’Europe, à condition qu’elle soit sur les idées françaises ! Berlin peut tousser.

A 40 jours, les axes de campagne sont donc calés ?

Si vous voulez, mais cette campagne aura été dominée par le « c’est la faute aux autres », comme on dit dans les cours de récréation. C’est la faute aux riches, pour Hollande, à l’Europe pour Sarkozy. Et pourtant, on ose le dire : en Europe, d’autres pays vont bien, avec des riches et avec cette Europe d’aujourd’hui. C’est donc d’abord ici qu’il faut regarder !

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