Ce matin, le nouveau paysage financier de l'Europe.

Oui, on va essayer d'analyser ce qui se passe ces jours-ci sur les marchés financiers et qui est à la fois passionnant et troublant. Il faut emboîter trois pièces du puzzle : un, la Bourse de Paris qui est au plus haut depuis sept ans, elle a dépassé les 5.000 points en séance hier ; deux, les taux d'intérêt auxquels empruntent les Etats européens, qui n'ont jamais été aussi bas ; et trois, l'euro, qui plonge littéralement face au dollar. Alors ? Alors, c'est simple, c'est une histoire de robinets qui s'ouvrent et se ferment et de vases communicants. La BCE, depuis lundi, a commencé à racheter des petits bouts de dette des Etats européens aux banques ou aux compagnies d'assurances. Son but, c'est qu'ils investissent ailleurs, dans Ies entreprises. Tout à fait logiquement, comme la demande d'emprunts grimpe, les taux baissent. Et tout à fait logiquement encore, les liquidités disponibles vont se placer sur ce qui est plus rentable : ou les actions en Europe ou hors d’Europe. Ce qui fait baisser l'euro. Pour l’économie réelle, la baisse de l'euro, c’est le moteur le plus puissant. C’est bon pour nos exportateurs, dont les produits sont plus compétitifs - mais aussi les Etats-Unis qui veulent que l’Europe redémarre. Bref, le pari de Mario Draghi, le patron de la BCE, peut marcher, relancer enfin la croissance européenne après sept années de grisaille.

Mais, il y a forcément, dans cette gigantesque opération, des gagnants et des perdants.

Oui. Et on va toucher un aspect plus politique. Qui sont les gagnants ? Un, tous ceux qui possèdent des actions en bourse. Mais honnêtement, il n’y en a pas beaucoup en France. Deux, ce sont les Etats comme la France, qui empruntent de l'argent pour faire leurs fins de mois - emprunter à 0,5% sur dix ans, c'est de la morphine pure. Du bon côté aussi, trois, les emprunteurs des pays du Sud, les portugais, les irlandais etc. qui se sont endettés à des taux élevés depuis cinq ans et qui vont renégocier. Les perdants, maintenant, qui sont-ils ? Un, les boursicoteurs et actionnaires qui garderont trop longtemps leurs actions si la bulle explose ! (attention Patrick !) Mais aussi, deux, et on y pense pas, les épargnants des pays du nord, qui ont leur épargne placé sur des produits de taux. Ces retraités allemands et autrichiens, qui vivent grâce à des fonds de pension dont le rendement va baisser ; tous ces Français qui ont une assurance-vie qui ne va bientôt plus rien rapporter du tout. Au total, personne ne le dira mais il s'agit d'un transfert gigantesque des épargnants du Nord de l'Europe pour aider le Sud. Cela ne sera accepté que si l’économie repart vraiment et sans tarder. Parce qu'on ne peut pas indéfiniment appuyer sur l'accélérateur : si le moteur de l'économie ne redémarre pas, on noie le moteur.

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