La commission sur le grand emprunt Juppé-Rocard a tenu hier sa dernière réunion… Ce qu’elle va proposer à Nicolas Sarkozy commence à être connu… Oui, et ce qui se dessine va peut-être conduire à infléchir un peu le jugement que l’on pouvait porter depuis l’annonce de cette opération. Petit à petit, cette idée qui était au départ assez saugrenue, prend une tournure plus subtile, plus intelligente. Le premier problème, évidemment, de ce grand emprunt qui a vocation à financer des dépenses d’avenir sur lesquelles le secteur privé est défaillant, est que c’est un… emprunt. Il va alourdir de dizaines de milliards d’euros une dette publique déjà considérable. Ouvrir le robinet en grand permet rarement de colmater les fuites. Le second problème de l’emprunt est qu’il constitue un terrible aveu qui concerne tous les gouvernements depuis quinze ans : l’Etat n’est plus capable de financer des investissements sur ses recettes ordinaires, et il ne le fait plus parce que les dépenses de fonctionnement ont pris toute la place. C’est un peu le pêché originel de l’emprunt qui restera. Logiquement, pour investir plus, l’Etat devrait économiser ailleurs. Qu’est-ce qui est nouveau alors ? Disons, avec la réserve que je viens d’émettre, que la commission a fait le maximum pour éviter le pire. Le pire aurait été que l’emprunt soit trop grand : Alain Juppé et Michel Rocard proposent 35 milliards d'euros de financement public pour des projets qui, avec la participation des entreprises, dépasseront largement les 50 milliards. C’est beaucoup, on perd un peu en ce moment le sens des chiffres, mais l’Etat ne va pas sortir 100 milliards de sa poche. Le pire, aussi, aurait été que ce projet finance des dépenses courantes camouflées en dépenses d’investissement, ou encore des dépenses d’infrastructures, des routes, des ponts etc. La France en compte déjà beaucoup. Ce n’est pas le cas ? Il semble que non. La commission a retenu sept têtes de chapitres, avec deux priorités : la recherche et l’environnement. Il y a ce qu’on savait déjà, l’extension du très haut débit, les énergies renouvelables, la voiture électrique, les ordinateurs distants, les recherches sur la rénovation thermique ou sur la santé dans certains domaines précis. Mais un point nouveau semble intéressant : il y a aura un plan majeur pour l’enseignement supérieur et la recherche, avec plus de 10 milliards d’euros. Comme c’est le cas pour les universités américaines, des fondations seront dotées en capital et les campus utiliseraient les intérêts. Dans la mesure où la misère des universités françaises est un des grands handicaps de notre pays et que les entreprises ne sont pas directement concernées, c’est un moindre mal. Que va-t-il se passer maintenant ? Le rapport sera bientôt remis à Nicolas Sarkozy qui, je pense, suivra ses recommandations et a tout intérêt à mettre en place des procédures de contrôle pour éviter les avions renifleurs et les plans calcul ! A la vérité, s’il voulait être sage et surprendre, le chef de l’Etat devrait même être plus sélectif sur les priorités, pour faire en sorte que, comme autrefois avec le TGV ou le nucléaire, son emprunt soit associé à un projet bien identifié. A la vérité, s’il voulait être sage et surprendre, il devrait retenir un montant moins important que celui qui lui est proposé !

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