Vous commentez ce matin une information étonnante qui date de vendredi : le gouvernement allemand ferait plancher des économistes sur les réformes dont aurait besoin ... la France.

Oui, une information dont on ne sait toujours pas ce matin si elle est fondée ou pas. Mais qui montre l’inquiétude de Berlin, à tort ou à raison, sur la France. Alors, les faits d’abord. Le média Die Zeit a indiqué que Wolfgang Schaüble, c’est le ministre allemand des Finances, a demandé aux cinq grands économistes qui conseillent Berlin - qu’on appelle les cinq sages - un rapport sur la situation française et ce qu’il faudrait faire pour redresser notre pays. Vrai, faux ? On a eu un démenti des économistes, mais, bizarrement pas du gouvernement.

Bref, que retenir ?

Qu’il y a peut-être, sans doute, une démarche officieuse mais pas officielle parce que ces sages n’ont jamais travaillé sur d’autres pays que l’Allemagne depuis cinquante ans. En réalité, le point intéressant est que cette démarche paraît crédible parce qu’il y a en Allemagne des interrogations sur la France. Croissance, déficit : devient-elle le plus gros problème de l’Europe. Vendredi, un des cinq économistes a dénoncé publiquement l’absence d’action du gouvernement français sur la réforme du marché du travail et un proche d’Angela Merkel a lui aussi parlé du manque de réformes structurelles. Il y a dix jours, l’ancien chancelier social-démocrate Gerhard Schröder avait dit la même chose.

Bon, c’est choquant cet interventionnisme ?

Premier réflexe, oui ! Les leçons de l’extérieur, on n’en veut pas. Je pense que Berlin n’aimerait pas que Pierre Moscovici demande un rapport disant à l’Allemagne comment faire des bébés et améliorer sa situation démographique, qui est catastrophique. Second réflexe, il ne faut pas être dupe, c’est, en Allemagne, de la politique intérieure. Les cinq sages ont critiqué récemment certains choix d’Angela Merkel. Elle dit à ses futurs électeurs : comparez-nous et vous verrez qu’on s’en tire bien.

Mais il ne faut pas s’arrêter là ?

Je ne crois pas. D’abord, si on veut une coordination des politiques en Europe, chaque pays a le droit de regarder ce que font les autres. En France même, on ne se prive pas de dire que Berlin ne coopère pas bien, que Merkel a été lente dans la crise de l’euro (c’est vrai) et François Hollande est sévère.

Et sur le fond ?

Sur le fond, pas besoin de l’Allemagne pour savoir que nous ne sommes pas sortis d’affaire. Le plus grand risque serait de s’arrêter au plan de compétitivité, de penser que l’effort de réformes doit s’arrêter là et on passe à autre chose. En vérité, la différence fondamentale entre Paris et Berlin, me semble-t-il, est que la France considère que les difficultés actuelles sont temporaires et que tout ira mieux dès que le traditionnel cycle économique s’inversera, mi 2013/2014. Depuis longtemps, les Allemands, eux, ont compris que ce que nous appelons crise est une formidable mutation historique mondiale et ils se sont donné les moyens d’y faire face. Je ne sais pas si cela peut conforter des auditeurs mais cette analyse sur nos différences a été également développée par Michel Rocard dans Le Monde ce week-end. Et comme titre en Une de Libé ce matin : « Achtung » !

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