C’est une enquête intéressante qu’ont faite deux journalistes des Échos . Elles ont épluché les rapports annuels des entreprises du CAC 40 pour dénicher le nombre de leurs salariés en France ; comment ce nombre a évolué, combien de salariés il y a hors de France.

Le résultat, je le donne tout de suite : leurs effectifs en France n’ont pas diminué ces dernières années. C’est important parce qu’il y a un procès souvent fait au CAC 40 : il ne pense pas à la France, vulgairement il n’en a rien à faire ; eh bien non ! C’est important aussi de remarquer cette stabilité alors qu’il y a beaucoup d’interrogations économiques et politiques sur l’attractivité de notre pays. Soyons précis : en 2008, les grands groupes français employaient directement 1,4 million de personnes en France (plus avec les sous-traitants) ; aujourd’hui, c’est à peu près la même chose, un peu moins mais dans l’épaisseur du trait. Pour fixer les idées, ces entreprises réalisent un petit tiers de leur chiffre d’affaires en France, et y emploient un petit tiers de leurs effectifs mondiaux.

Évidemment, ce sont des moyennes, non ? Exactement. Et la moyenne recouvre des situations assez différentes. La grande majorité des salariés d’EDF et d’Orange sont en France. Ce sont des anciennes sociétés publiques. A l’inverse, des groupes comptent moins de ou 10% de leurs effectifs seulement sur le territoire national. Danone, Publicis - l’agence de publicité -, Essilor - les verres optiques -, Lafarge - le cimentier, et Arcelor-Mittal qui est surtout un groupe anglais-indien, même s’il est coté à Paris. Ce qui est sûr, c’est que la croissance, pour tous les groupes du CAC 40, vient de l’international.

Quelle leçon peut-on tirer de ces chiffres ? D’abord, que la France compte beaucoup de groupes internationaux et qu’elle peut s’en féliciter. Des sociétés comme EADS, L’Oréal, Danone, Pernod-Ricard, Sanofi etc. réalisent l’essentiel voire la quasi-totalité de leur activité hors de France, elles sont combatives et leurs effectifs restent élevés en France. On va choquer en disant cela : elles ont parfois de la vertu à le faire compte tenu du climat anti-grands groupes, anti CAC 40, qu’il y a parfois dans ce pays. Bon, cela ne veut pas dire que ces entreprises ne font pas par ailleurs tout ce qui est possible pour payer le moins d’impôts possibles en France.

Mais on parle quand même de délocalisations ou de tentation de délocalisation de sièges...

Il ne fait aucun doute que tous ces groupes réfléchissent à délocaliser une partie de leurs organes dirigeants. On sait déjà que le patron de Schneider Electric et trois membres de son comité exécutif sont à Hong Kong. Au printemps, la trésorerie et la communication financière de Total partiront à Londres. Le siège de Publicis part aux Pays-Bas après sa fusion avec un Américain. Tout cela ne fait pas de bruit, tout cela ne fait pas de vagues, mais tout cela a une conséquence : il est peu probable qu’on observe la même stabilité des effectifs français chez le CAC 40 quand on refera le même pointage dans deux ou trois ans.

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