Sur le virus, le complotisme continue d’avoir du succès sur les réseaux sociaux. Circule notamment l'idée factuellement fausse que le Covid-19 n'entraînerait aucune surmortalité et que les seules victimes sont des personnes très âgées.

On pense ici à un documentaire atterrant diffusé depuis hier et commenté sur les réseaux sociaux. 

Titré, Hold-up, retour sur un chaos, il reprend des idées qu'on entend parfois au café du commerce : le Covid-19 est une épidémie saisonnière, habituelle, seuls des très vieux meurent, ce n'est au fond pas si grave. Bref c’est une menace fantôme, le monde s’arrête pour rien et on se demande même si tout n'a pas été organisé quelque part. Cela fait peur. C'est n'importe quoi. 

Mais dans ce documentaire, il y a aussi un point qui a un écho plus large, y compris sur des chaînes d’infos, et qui mérite donc d’être creusé et démonté : c’est « on en fait trop » contre le Covid parce qu’il n’y aurait en réalité pas de surmortalité. 

A l’appui de cette thèse farfelue, des tableaux mal lus de l’Insee circulent depuis des semaines. Qu’en est-il ? L’Insee l’écrit noir sur blanc : entre début mars et fin octobre, il y a eu entre 8 et 9% de décès en plus cette année par rapport à 2018 et 2019. Soit au moins 30.000 en sus. La différence avec les 42.000 morts officiels du Covid s’explique, entre autres, par la baisse des accidents de la route. 

Huit à neuf % en plus, ce n’est pas rien, et ce serait bien davantage sans aucune mesure. 

Quelle est la moyenne d’âge des victimes ? 81 ans, c'est-à-dire l'espérance de vie moyenne des Français, mais la moyenne en réanimation est de 62 ans - autant en dessous qu'au dessus. On ne compte, c'est vrai, que 1.600 morts de moins de 60 ans depuis le 1er mars. Mais il y en a eu, à l'hôpital seulement, environ 3.000 dans la tranche d'âge 60-70 et 6.300 dans celle des 70-80 ans. 

A 60 / 65 ans, on n’est pas vieux la caractéristique du virus est que s'il cible principalement les plus âgés et les personnes fragiles, c’est aussi un virus roulette russe : cela peut être n’importe qui. 

Qu’en conclure ? Que toutes les opinions sont possibles sur la nécessité de défendre telle ou telle vie, jusqu’à quel âge, et à quel prix collectif (économique et social). C’est indubitable. 

Mais il est faux de dire qu’il n’y a pas de surmortalité ou de séquelles-Covid pour des malades qui s'en tirent. Cette année, ce virus sera sans doute la seconde cause de décès en France après les accidents cardio-vasculaires si on ne met pas toutes les formes de cancers dans le même panier.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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