Canal +, TF1 et M6 négocient discrètement un projet qu’ils pourraient présenter en commun. Oui, et ce projet modifie encore un peu plus la « télévision de papa ». Il ne s’agit pas pour ces chaînes de la diffusion d’un spectacle. Mais, selon nos informations, de mettre en commun leurs forces sur Internet pour construire une plate-forme commune de télévision de rattrapage, qui est en train de devenir le vrai canal d’avenir. Beaucoup de téléspectateurs connaissent ce qu’on appelle en bon français la catch-up TV, qui consiste à regarder un programme de télévision après sa diffusion. C’est par exemple le site M6 replay, qui permet de voir ou revoir des séries comme Desperate Housewife. Sur TF1, vous pouvez revoir Koh Lanta, sur Canal toutes les émissions si vous êtes abonné. 10 millions de Français utilisent désormais régulièrement ce type de service, et un jeune sur deux dans la tranche 15-24 ans. L’idée, c’est donc, que TF1, Canal+ et M6, ennemis sur le petit écran, s’allient sur Internet pour faire un portail commun. Attention, ça n’est pas encore fait. Quel est l’objectif ? Il est double. D’abord résister à la puissance de feu américaine qui propose de plus en plus des séries, des émissions sur You Tube, sur Google, ou sur des sites de vidéo comme Hulu. Hulu, c’est un site émanant de NBC Universal et de Walt Disney entre autres, qui détient des droits sur des séries comme Dr House. En un an, Hulu est rentré dans le club des 6 sites les plus visionnés aux Etats-Unis, il va débarquer en France, vous pensez bien que les chaînes françaises ont peur, craignent que les téléspectateurs se passent d’elles. Elles veulent donc constituer une force de frappe aussi importante. L’autre raison, c’est de vendre plus cher la publicité en ligne. C’est une étape de plus dans le changement de modèle du média audiovisuel… La première révolution a été la multiplication des canaux de diffusion. Il y a eu le câble, le satellite, les chaînes thématiques, la vidéo, la TNT, bientôt la télévision sur mobile pour tous, bref un mouvement qui a multiplié l’offre télévisuelle et l’a rendu disponible partout. Chacun regarde ce qui lui plaît, où il le veut et quand il le veut. Cela, les chaînes traditionnelles le gèrent bien. En revanche, le danger, mortel pour elles, est d’être marginalisé en tant que diffuseur. Quand elles achètent cher la série NCIS, elles ne veulent pas être concurrencées par du piratage ou par le producteur qui vend aussi à Google l’exploitation sur Internet. Elles risquent de perdre les téléspectateurs qui accèderont à leurs programmes préférés par d’autres canaux. Derrière, il y a la question des revenus. TF1, par exemple, traîne les pieds sur la TV de rattrapage parce qu’elle ne veut pas perdre de l’audience à 20 heures 50, « LE » carrefour publicitaire. Oui le numérique change la donne. Alors, la Télé de papa est-elle condamnée ? N’allez pas trop vite ! Pour les journaux télévisés, les grands rendez-vous sportifs, bref tout ce dont on parle autour de la machine à café, la télévision ne sera pas remplacée. Pour le reste, comme la musique et la presse, l’audiovisuel doit réinventer son modèle. Mais bien malin qui pourrait prédire nos habitudes de consommation des écrans dans dix ans.

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