Le gouvernement accepte de durcir sa nouvelle taxe sur les hauts revenus. Est-ce que ça va faire mal ?

Le gouvernement avait prévu de prendre 3% sur les revenus de plus de 500.000 euros. Mais la révolte grondait parmi les députés de l'UMP qui voulaient sortir le gourdin fiscal pour taper les hauts revenus. Le Premier ministre François Fillon a calmé les troupes en resserrant la vis. La taxe de 3% s’appliquera dès 250.000 euros de revenu. Au-delà de 500.000 euros, la taxe sera de 4%. Donc pour répondre à votre question, oui, ça va faire un peu plus mal que prévu. En tout, 20.000 foyers seront touchés, qui paieront chacun en moyenne 20.000 euros. Au total, le fisc va récupérer 400 millions d’euros. Ce n’est pas ça qui va boucher le déficit du budget. Ce n’est d’ailleurs pas le but. On est ici dans le symbolique – et ça compte évidemment beaucoup en politique. Mais il y a tout de même une sacrée surprise dans ce nouvel impôt.

Quelle est cette surprise ?

C’est un aveu que fait le gouvernement. D’habitude, quand on veut relever l’impôt sur le revenu, on relève le taux de la dernière tranche, celle qui est payée par les Français les plus aisés, elle est aujourd’hui à 41%. Là, le gouvernement fait autrement. Pour la première fois, il prélève un impôt non sur le revenu imposable mais sur le revenu fiscal de référence. Vous allez me dire que c'est de la tambouille fiscale, mais ça va au-delà. Le gouvernement reconnaît ainsi que le revenu imposable est devenu un panier percé, et qu’il ne veut plus dire grand-chose. Car les Français les plus favorisés touchent beaucoup de revenus du capital. Ces intérêts et ces dividendes sont tous exclus du revenu imposable car ils ont déjà été taxés, à des taux bien inférieurs à 41%. Le revenu fiscal de référence, lui, est complet ; il comprend tous les revenus sans exception. C’est donc la base d’un impôt moderne, où les niches auraient disparu et où le capital et le travail seraient taxés au même taux. Jusqu’à présent, aucun gouvernement n’avait osé se référer à ce revenu de référence.

Comment ça se passe ailleurs, dans les autres pays ?

Autant dire que cette histoire de revenu imposable et de revenu de référence existe seulement chez nous. C’est bien trop compliqué pour les autres. En revanche, ce qui est intéressant, c’est que dans tous les grands pays on augmente les impôts sur les riches. Les Allemands ont relevé la tranche supérieure de 45 à 47,5%, les Britanniques de 40 à 50%, les Espagnols et les Italiens ont suivi, les Américains y songent. C’est un changement complet de cap. Depuis les années 1980, dans tous ces pays, on avait réduit l’impôt sur les plus favorisés. Ca montre au moins deux choses. D’abord, l’impôt, c’est comme la jupe : il y a des modes. Ca monte, ça descend et tout le monde copie. Ensuite, on raconte souvent que la concurrence entre pays conduit toujours à moins d’impôt. Et bien cette idée était visiblement une idée fausse. Et c'est tant mieux.

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