Emmanuel Macron a donc présenté hier son plan pour l’agriculture.

C’était un grand discours important puisqu’il n’avait jusqu’à maintenant pris la parole longuement que sur l’Europe et les collectivités locales. L’objectif est connu : en finir avec la guerre mortifère des prix qui fait qu'un litre de lait acheté au paysan vaut moins cher qu'une cigarette. La méthode est connue aussi. C’est un deal : si les filières s’organisent pour être plus fortes (lait, porcs, fruits et légumes, comme aujourd’hui les fromages ou les vins), alors le gouvernement aidera à remonter les prix payés aux agriculteurs. Evoquer des ordonnances -comme pour le droit du travail- est malin : cela montre que cette procédure peut aider des "petits". Ce qui est sûr, c’est que le plan est ambitieux : changer les habitudes alimentaires (plus saines), les pratiques agricoles (moins de produits chimiques) et les règles commerciales (moins le far west). Au fond, Macron dit : Inutile de perdre son temps dans la concurrence perdue d’avance avec les fermes de 100.000 vaches chinoises ou brésiliennes. Il faut monter en qualité avec le bio, les labels, trop marginaux aujourd’hui. Le sous-titre de tout cela est bien sûr que les consommateurs devront accepter des prix alimentaires un peu plus élevés. 1,4 milliard d’euros, dit UFC-Que choisir, ce qui fait 2 euros en plus pour l’alimentation par Français et par mois.

Ce deal est-il possible ?

Peut-être. Certes, il ne faut pas être naïf. Il faudra énergie et temps pour que les 500.000 exploitants agricoles se fassent respecter par les 4 centrales d’achat et les 7 grands distributeurs. Mais il y a une fenêtre : tous les acteurs, actuellement, sont malheureux et prêts à bouger. Les consommateurs doutent des produits, les distributeurs en ont assez d’être montrés du doigt, les industriels voient que les attentes changent (Danone l’a compris le plus tôt) et les agriculteurs souffrent. Mais il faut deux conditions pour inventer une nouvelle compétitivité-qualité. Un : que tous, nous acceptions de consacrer un peu plus d’argent à nous alimenter. Deux : ne pas rejeter en bloc avec un regard un peu parisien et facile l’actuelle filière agro-alimentaire française qui accomplit malgré tout un travail formidable et diffiicle tous les jours.

Merci Dominique Seux

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.