Le ministère de la Santé va autoriser les pharmacies à proposer des tests antigéniques de dépistage du coranavirus, avec un résultat très rapide. L'Etat en a déjà commandé plusieurs millions. Les scientifiques et les laboratoires d'analyse, pour des raisons différentes, ne sont pas enthousiastes.

Y a-t-il une guerre des tests ? C’est une question à la fois scientifique, de politique sanitaire et vous allez voir économique. De quoi s’agit-il ? 

Un million de tests PCR environ sont désormais effectués chaque semaine, avec un rendu de résultats de plus en plus rapide parce que hôpitaux et laboratoires d’analyse ont acheté des machines de traitement d’abord chinoises, puis allemandes, suisses et américaines. Coût unitaire : 80 à 150.000 euros, parfois plus, ce n’est pas rien. 

Et voilà que de nouveaux tests arrivent, avec des résultats en 15 à 30 minutes, qui pourraient désengorger le système et accélérer le dépistage. Vendredi, la Haute autorité de santé a élargi l’usage des tests antigéniques avec prélèvement dans le nez pour des groupes : universités, EHPAD -bizarrement sans mentionner les aéroports. 

Mais la question qui agitait les experts et Olivier Véran à la veille du week-end était de savoir s’il faut les rendre accessibles aux Français, dans les pharmacies voire chez les généralistes. 

Les scientifiques sont moyennement chauds parce que 1- ils les trouvent moins fiables que les PCR, ils misent plutôt, d’ici deux mois espèrent-ils, sur les antigéniques salivaires -des kits en autotest à faire chez soi. Et 2- comment assurer le traçage des malades ? 

Eh bien, en fait, selon nos informations ce matin, le gouvernement, par arrêté, passera outre et oui autorisera l’accès à ces tests en pharmacie. Ils seront remboursés par la Sécu. Il en a déjà commandé 5 millions à l’industriel américain Abott, et il pourrait doubler la commande. Le Suisse Roche peut en livrer 3 millions et des PME françaises sont prêtes, comme Theradiag ou AAZ Lab. 

Seul mais vrai hic, les laboratoires d’analyse ne sont pas emballés du tout de voir débarquer cette concurrence, et ils le font savoir.

Des décisions vont être annoncées rapidement ?

Oui, cette semaine. En fait, il s’est passé quelque chose qui n’était pas prévu. On a beaucoup déploré au départ les ratés (réels) sur l’offre de tests, mais personne n’imaginait que la demande de tests serait aussi importante. Se tester souvent est une habitude qui s’est installée très vite. On est en contact, on a des symptômes, mais aussi on revient d’un week-end ou d’une soirée, on se déplace professionnellement, on a une nature inquiète, on se teste. 

Les autorités sanitaires sont pris entre deux feux : cette demande sociale et des limites techniques et économiques.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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