Ce matin, vous revenez sur la taxation des personnes les plus aisées, notamment les dirigeants d’entreprise.

Oui, parce qu’il s’est passé avant-hier soir une chose assez nouvelle et intéressante au cours du journal de 20 heures de France 2. Un grand patron, en l’occurrence Stéphane Richard, le dirigeant de France Télécom Orange, a dévoilé le montant de son impôt sur le revenu. Je gagne, a-t-il expliqué, un million et demi d’euros par an – ce qui est énorme, a-t-il pris soin de préciser –, et je paie 650.000 euros d’impôt. Et il a calculé que la taxe de 75% gonflerait sa facture fiscale de plus de 200.000 euros supplémentaires. Soit au final environ 900.000 euros d’impôt. A ma connaissance, c’est la première fois qu’un dirigeant lève le voile sur ses revenus salariaux réels - même s’il faudra les vérifier parce qu’on n’arrive pas tout à fait à ces chiffres avec le simple barème. Et cette transparence est une bonne idée.

Qu’est-ce que cela apporte ?

Deux choses. La première est de voir que les dirigeants paient des impôts, et pas des clopinettes. Il ne s’agit pas de dire qu’ils sont trop ou correctement payés, qu’ils paient trop ou pas assez d’impôt : chacun a son avis. Mais une partie de l’opinion soupçonne qu’ils échappent à l’impôt par des montages sophistiqués et pas toujours avouables. Or, on oublie que les niches fiscales et le quotient familial sont déjà plafonnés, et que le barème s’applique à tous. Si on se fie aux propos de Stéphane Richard, sa situation sera la suivante : de son 1,5 million d’euros, il restera, après cotisations salariales et nouvelle taxe, au plus 350.000 euros. C’est encore beaucoup, dira-t-on. D’ailleurs, dans son cas précis, il faut y ajouter des revenus du patrimoine constitué quand il a vendu ses parts dans le promoteur immobilier Nexity, qu’il a créé. Mais pour autant, difficile de dire qu’il passe à travers les gouttes du filet fiscal. Un autre dirigeant d’une entreprise très connue des Français assure, lui, qu’il va payer l’an prochain 110.000 euros d’impôt sur le revenu par mois.

Et le second intérêt ?

La transparence donne à ceux qui jouent le jeu une légitimité : dire ce qu’ils pensent des réformes. Stéphane Richard ne s’en prive pas. Oui au 75%, assure-t-il, s’il est temporaire et si, surtout, de vraies réformes sont faites en face dans l’économie, sinon ce sera un marché de dupes. Un des grands banquiers de Paris me disait hier la même chose : OK pour un effort si la France montre qu’elle peut se corriger sur un point où elle est quasi-unique en Europe : le niveau des dépenses publiques.

Cela étant, le « 75% » n’est pas le principal souci des personnes très aisées…

Exactement. Le 75% va concerner les salariés, les artistes, les sportifs. Mais les plus riches en France, propriétaires d’entreprises par exemple, tirent le gros de leurs revenus de leurs placements. C’est pour cela que les ménages les plus riches sont taxés autour de 15-20%. L’alignement de la fiscalité du capital sur celle du travail va totalement changer la donne. Il ne faut pas s’y tromper : c’est le sujet qui agite les milieux d’affaires.

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