Le gouvernement a donc présenté hier le cadrage du budget 2014. « Un budget de combat pour la croissance et l’emploi » pour Pierre Moscovici. « La pause fiscale est une fumisterie ou un mensonge d’Etat » pour Christian Jacob, patron des députés UMP. Qui a raison ?

« Le budget de combat », on a dû l’entendre dix fois ces dix dernières années ! Mais on peut surtout commencer en disant que la droite est assez « gonflée » dans ses propos. Fin 2011, dernière année budgétaire dont elle porte totalement la responsabilité, le déficit public s’élevait à 5,3% du PIB – ce qui est beaucoup. Et la pression fiscale a grimpé de 30 milliards d’euros sur la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy – ce qui n’est pas rien ! C’est lui qui a décidé de ne pas revaloriser le barème de l’impôt sur le revenu. Certes, le choc inouï de la crise de 2008 était plus proche, mais quand même… L’Insee tient ses statistiques à la disposition de Christian Jacob sur son site Internet.

Bon, c’est dit, mais quelle lecture de cette esquisse de budget ?

Ce que l’on peut souligner, côté positif, est que ce n’est pas un budget électoraliste en vue des élections municipales de 2014. On n’y trouve pas la trace de la distribution de cadeaux que l’on aurait pu craindre. Jean-Marc Ayrault tenait à ce que ce budget soit à son image, sérieux. La prévision de croissance est quant à elle raisonnable, + 0,9% - c’est ce que disent les économistes qui n’en savent pas grand-chose non plus mais enfin … A noter que l’on a rarement eu, peut-être jamais, une prévision aussi basse. A noter aussi qu’à ce niveau, le chômage ne baissera pas sans emplois aidés, un peu artificiels.

Voilà pour le positif – si l’on peut dire. Et le négatif ?

Ce budget, c’est l’histoire de l’automobiliste qui s’est rendu compte qu’il est allé dans la mauvaise direction, qui fait une marche arrière, mais qui est toujours en situation de danger. Mauvaise direction : le gouvernement s’est rendu compte qu’il a poussé loin le bouchon sur les hausses d’impôts. Il s’est aussi rendu compte que la confiance n’est pas revenue avec les entreprises malgré les mesures du rapport Gallois, parce qu’il donne l’impression de reprendre d’une main ce qu’il donne de l’autre. Il s’est encore rendu compte que tout le monde l’attendait sur les économies dans les dépenses publiques les plus élevées d’Europe. Enfin, il renonce à augmenter le prix du diesel.

Et donc, il corrige le tir, et c’est bien, non ?

Oui, mais une marche arrière, cela ne fait pas vraiment avancer ! Il parle de pause fiscale, mais chacun verra bien la TVA augmenter le 1er janvier, que l’impôt sur le revenu progresse pour les familles sans compter les cotisations retraite. On affiche par ailleurs 15 milliards d’économies mais c’est par rapport au rythme de hausse, si on ne faisait rien : c’est compliqué ! Bref, les impôts sont concrets, les économies abstraites. Et au total, le plus frappant reste le niveau du déficit public, 4,1% du PIB cette année, malgré le choc fiscal. Cela nous situe au même niveau que la Grèce, alors que les taux d’intérêts grimpent ?

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