Ce matin : les deux paradoxes de cette journée du 12 septembre.

Cette journée, le mot est très utilisé, est une journée test et d’abord pour Emmanuel Macron. La façon dont la 1ère réforme d’un nouveau pouvoir passe -ou pas- donne la couleur du quinquennat. Juppé sur la réforme des retraites, Sarkozy sur le bouclier fiscal, Hollande avec le ras le bol fiscal : on le sait, les présidents peuvent vite trébucher. Si la mobilisation d’aujourd’hui et celles des 21 et 23 sont bruyantes mais d’ampleur limitée, l’actuel président considérera que la majorité de l’opinion, quatre mois après l’élection, a toujours envie de voir s’il peut réussir -ou pas. Bien sûr, ce soir, il y aura l’éternelle bagarre sur le nombre de manifestants, aussi rituelle que les feuilles à l’automne. Mais le paradoxe, dans les défilés, sera qu’une grande partie, peut-être la majorité, ne sera pas concernée par la loi Travail ni par le chômage. Les enseignants de la FSU et les fonctionnaires d’une manière générale, retraités ou actifs, c’est certain ; les cheminots et les agents de la RATP, les agents des hôpitaux, c’est probable. Oui, il y aura certainement des salariés du privé, mais pour l’essentiel, les manifestants seront là par procuration.

Et le second paradoxe ?

C’est la tranquillité avec laquelle le gouvernement accueille ces manifestations. La façon dont il assume ses réformes. C’est hier, oui hier, qu’Edouard Philippe a fait un déplacement à Niort pour évoquer ses projets fiscaux et qu’il a diffusé un dossier de presse sur la demi-suppression de l’ISF et l’allégement de la fiscalité du capital. Bruno Le Maire détaille tout cela dans une interview aux Echos. Cela aurait pu être dans dix jours, non c’est à quelques heures des manifs. Alors, provocation ? Certains le diront. Mais on peut penser que le gouvernement fait un calcul : s’appuyer sur la majorité silencieuse pour lancer un train continu de réformes. Certaines libérales : loi Travail, mesures pour les indépendants et fiscales, chantier sur l’université. D’autres moins libérales : réforme du logement jeudi, taxation des géants américains du numérique, travail détaché, message sur l’Europe en Grèce, sommet climat début décembre, assurance-chômage, formation etc. Le paradoxe donc, c’est que les manifestations incitent le pouvoir à appuyer non sur le frein mais sur l’accélérateur. Et qu’il n’y aura pas d’autre juge de paix, j'assume cette platitude, que les résultats.

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