L’édito éco de Dominique Seux. Ce matin : la révolte des éditeurs de presse contre Google, Apple et Facebook.

Le Parlement européen doit se prononcer aujourd’hui sur une directive rééquilibrant les forces entre le pot de terre qu’est la presse européenne et le pot de fer que sont les géants du numérique qui diffusent à l’infini et gratuitement des contenus, des articles, produits par d’autres. Rejeté en juillet, le texte sur la table, auquel Sonia Devillers a consacré l’Instant M lundi matin, ce texte créé un droit dit voisin du droit d’auteur, comme dans la musique et le cinéma, pour rémunérer les médias qui emploient des milliers de journalistes et qui souffrent de plus en plus.  

En dix ans, la presse française a perdu 2,6 milliards d’euros de recettes publicitaires, tandis que les réseaux sociaux et les moteurs de recherche en ont gagné trois. Il y a clairement un effet de vase communicant. Naturellement, Google, Apple et Facebook disent aux médias qui fabriquent l’information : nous vous apportons de l’audience. C’est vrai, les 2/3 des lecteurs sont désormais des internautes.  

Mais qui apporte la valeur ajoutée et qui encaisse la publicité ? Ce ne sont pas les mêmes. Qui envoie des reporters en Syrie ou réalise des enquêtes pendant des mois ? C’est l’AFP ou des médias coûteux.  

Ce qui est intéressant est le changement de pied de la presse qui a longtemps tendu la sébile. On se souvient d’une conférence de presse à l’Elysée où Google accordait royalement 60 millions d’euros sur trois ans à la presse. C'était vaguement humiliant. Cette fois, il y a un combat législatif en Europe et sinon il le sera en France. La presse allemande est sur la même longueur d’onde. Des journaux italiens paraissent ce matin avec une 1ère page blanche pour marquer le coup. 

Pour vous, un combat légitime donc ?

Je travaille aussi aux Echos, je suis donc concerné. Mais ce qui est sûr est que Facebook, par exemple, réalise des bénéfices qui représentent la moitié de son chiffre d’affaires. Ce qui est paradoxal est que des députés européens sont contre ce droit voisin parce que la liberté devrait l’emporter sur tout. Ce qui est probable est que la presse essaie bien tardivement d’habituer ses lecteurs au modèle de l’abonnement numérique qui réussit bien aux médias anglo-saxons. Pour l’heure, la solution est un partage des revenus plus équitable. Tout simplement.  

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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