Alors aujourd’hui, vous voulez nous parler pour une fois d’un secteur où ça marche : le téléphone mobile. Comme je suis incorrigible, je vais tout de même commencer par une mauvaise nouvelle : selon les chiffres publiés hier par le cabinet Gartner, qui fait autorité dans le domaine, les ventes mondiales de téléphone mobile vont chuter de plus de 4% en 2009. Mais nous allons tout de même en acheter… 1,2 milliard. Autrement dit, au moment où les catastrophes économiques s’enchaînent, il va tout de même y avoir un être humain sur cinq, bébés et vieillards inclus, qui va s’équiper ou changer de portable cette année. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi je trouve que ça fait beaucoup. Et sur ce marché du téléphone mobile, il y a un secteur qui explose : c’est le smartphone, le téléphone intelligent. Ou pour parler en bon français, l’iPhone, le Blackberry et autres Nokia à écran tactile. Leurs ventes ont bondi de 27% au deuxième trimestre pour dépasser 40 millions d’unités. Pourquoi ce succès des smartphones ? Tout simplement parce que c’est pratique. Ces téléphones intelligents ressemblent de plus en plus à des ordinateurs. Le fabricant Nokia a d’ailleurs annoncé hier un accord avec Microsoft pour mettre sur ses appareils les programmes vedettes de la firme de Bill Gates, comme le traitement de texte Word. Mais la grande réussite du moment, c’est le iPhone d’Apple. Son dernier modèle, le 3GS, s’est vendu à un million d’exemplaires en trois jours à sa sortie fin juin, et il semble actuellement en rupture de stock. Quel est le secret d’Apple ? Que les choses soient claires : je ne suis ni propriétaire d’un iPhone ni actionnaire d’Apple. Je ne parlerai pas du côté pratique ou du design. C’est la spécialité d’Apple depuis vingt-cinq ans et il semble que le constructeur n’a pas perdu la main, même si certains produits auraient une fâcheuse propension à exploser. Non, je voudrais parler du modèle économique d’Apple. Avec son Ipod, il avait réussi un truc extraordinaire : non seulement il a imposé avec son marketing un lecteur de musique très cher, mais il a réussi avec la boutique en ligne iTune à vendre de la musique pour l’ipod, et à gagner de l’argent avec. Alors que tous les spécialistes expliquaient que les consommateurs n’achèteraient plus jamais de la musique qu’ils téléchargeaient gratuitement sur Internet. Autrement dit, il a réinventé un marché. Et là, avec iPhone, il invente un nouveau marché. Quel marché ? Celui des abonnements ? Pas du tout. Les propriétaires d’iPhone peuvent les équiper d’applications, des petits programmes informatiques pour faire tout et n’importe quoi. Ils en ont déjà téléchargé un milliard et demi pour jouer, s’informer, apprendre ou gérer leur cave à vins. Certaines sont payantes et rapportent de l’argent à Apple et à leurs concepteurs. La plupart sont gratuites. Mais le fabricant d’iPhone est gagnant à tous les coups, car c’est un formidable gage de fidélité de ses clients qui ne peuvent pas faire partir leurs applications vers les mobiles d’autres marques. Et il exaspère les opérateurs téléphoniques, qui rêvaient de le faire sans jamais y parvenir. Souci du client, innovation, mariage de techniques différentes, création de nouveaux marchés : c’est ici que se crée l’avenir de l’économie. Dommage que l’Américain Apple ne soit pas un français qui s’appellerait Pomme.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.