Selon le classement de l’université de Shanghai publié aujourd’hui, la France compte seulement trois universités parmi les cent premières mondiales. D’abord, pourquoi est-ce important pour l’économie ? Chaque année, dans le monde, plus de 3 millions de jeunes partent faire des études ailleurs que chez eux. Pour les pays qui parviennent à les attirer, ça fait du business, des frais de scolarité encaissés, des dépenses dans les commerces. Un étudiant, c’est comme un touriste, sauf qu’il reste au moins un an sur place et non une semaine. Ensuite, comme on dit souvent, nous allons de plus en plus vers une économie du savoir. Dans cette économie, la conquête des talents est primordiale. Or le lieu où se constitue et se transmet le savoir, le lieu où émergent les nouveaux talents, c’est l’université. Les pays qui savent faire venir les meilleurs étudiants se préparent donc le meilleur avenir. Et ces étudiants sont attirés par les universités les plus prestigieuses – et les mieux classées. Comme Harvard, Berkeley ou Stanford aux Etats-Unis. Ou Pierre et Marie Curie, Paris sud ou Normale sup Paris en France. Et qu’est-ce qui explique que la France compte seulement trois universités parmi les meilleures ? Pour au moins trois raisons. D’abord, c’est un classement de la recherche plus que de l’université. Or en France, beaucoup de recherche se fait au sein du CNRS qui n’est pas une université. Ensuite, il dépend beaucoup des publications en anglais. Il favorise donc beaucoup les établissements anglo-saxons, qui raflent d’ailleurs les 19 premiers rangs. Enfin, le paysage universitaire français est très morcelé. Beaucoup d’équipes sont jalouses de leur indépendance, elles tiennent à garder leur appellation. Le gouvernement a bien tenté de constituer des PRES, des pôles de recherche et d’enseignement supérieur pour regrouper plusieurs établissements. Mais certains chercheurs continuent d’indiquer seulement leur laboratoire quand ils signent des publications. Leurs travaux échappent alors au radar de l’université de Shanghai. Ce classement n’a pas l’air très sophistiqué… C’est vrai. Il a été bricolé à toute vitesse en 2003, quand le président l’université Jiao Tong a demandé à l’un de ses professeurs de fabriquer un outil pour déterminer les bonnes universités étrangères où envoyer des étudiants. Les Français l’ont d’ailleurs rudement critiqué, comme chaque fois qu’il y a un classement où ils sont mal placés. On avait eu exactement la même réaction avec un palmarès de la Banque mondiale sur la facilité des entreprises à faire des affaires, où la France était au 44è rang mondial juste derrière la Jamaïque. Mais nous n’avons pas le choix. Il faut travailler avec le thermomètre de Shanghai, parce que c’est celui que tout le monde regarde. Mais alors que faire pour faire progresser le rang de nos universités ? Dans un premier temps, il faut expliquer les subtilités de notre système qui est unique au monde. La ministre Valérie Pécresse s'y est frottée, en allant à Shanghai le mois dernier. Ca n’a pas payé cette fois-ci, mais c’est un travail de long terme. Dans un deuxième temps, il faut rendre le paysage académique français plus lisible. Il y a du boulot. Dans un troisième temps, il faut tout simplement améliorer la recherche et l’université. C’est aussi du long terme – et ça vaut pas seulement pour les beaux yeux de Shanghai.

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