Pleins feux ce matin sur l’économie chinoise. Où en est la deuxième économie mondiale ?

Sur le tableau de bord de Pékin, tous les indicateurs indiquent la même tendance: l’économie freine fortement. Petit bouquet des indicateurs publiés la semaine dernière.

Un : les exportations ont pratiquement stagné sur un an, à peine 1% de hausse alors qu’elles étaient sur une pente de progression de 30% il y a deux ans et encore 20% l’an dernier.Deux : les investissements dans l’immobilier de logement n’ont gagné que 5% en un an, etle crédit n’accélère pas.

Trois : la production industrielle n’a augmenté que de 9% en un an. Là aussi on était sur une pente de plus de 20% en 2010.Et quatre : les prix à la consommation n’ont augmenté que de 1,8%, trois fois moins qu’unan plus tôt.

Au total, les prévisionnistes abaissent leur prévision de croissance pour l’année 2012.Elle devrait finalement être inférieure à 8%.Mais attendez… 8% de croissance c’est énorme ! En France on est à 0% et on seraitcontent avec 2 ou 3% !

Vous avez tout à fait raison, Bruno, mais la Chine est complètement droguée à la croissance. Pendant 30 ans sa production a bondi de10% par an. Et cette performance incroyable, que n’a fait aucun autre pays dans l’histoire, est la contrepartie de la dictature. Le pouvoir communiste est absolu, mais en échange les revenus progressent absolument à toute allure. Depuis des années, le chiffre de 8% est jugé par les experts comme la vitesse minimale de l’économie chinoise pour éviter la contestation. Alors évidemment, il faut se méfier des chiffres. Quand j’étais jeune journaliste dans les années 1980, mon chef m’avait gravement expliqué que l’économie du Japon était en récession quand sa croissance annuelle était inférieure à 3%. Or depuis vingt ans lacroissance japonaise a dépassé une seule fois le 3%. Mais force est de constater que le gouvernement chinois fait tout pour éviter de passer au-dessous de la barre des 8%. En 2008, après la faillite de la banque Lehman brothers, il avait été le premier à lancer un gigantesque plan de relance.Et cette fois-ci, Pékin va-t-il à nouveau relancer l’économie ?

La capitale bruisse de rumeurs. La banque centrale pourrait baisser ses taux d’intérêt et le taux des réserves qu’elles exigent des banques quand elles prêtent de l’argent. Mais au-delà, pas facile à savoir. D’abord, plus question d’encourager l’immobilier. C’est assez facile à faire mais ça ferait encore plus monter les prix qui sont déjà trop élevés pour la quasi-totalité des Chinois. Ensuite, il y a apparemment des divergences politiques. Le président Hu Jintao et le Premier ministre Wen Jiabao seraient favorables à une forte impulsion budgétaire, mais ils vont passer la main à l’automne et leurs successeurs seraient beaucoup plus prudents. Le problème de fond, c’est que les dirigeants chinois veulent que l’économie chinoise prenne un virage majeur. Au lieu d’être propulsée par les exportations, elle devrait bientôt être tirée par la consommation. Or tous les automobilistes le savent : quand on prend un gros virage à grande vitesse, on ralentit fortement. Ou on dérape.

Est-ce que la France est concernée par le ralentissement chinois ?

La mauvaise nouvelle, c’est que les entreprises françaises sont globalement médiocres en Chine, même s’il y a des exceptions notables. La bonne nouvelle, c’est que, comme les Français sont peu présents en Chine, ils souffrent peu du freinage là-bas. Il en va autrement pour les Allemands, qui vendent cinq fois plus de produits aux Chinois que nous. Ceci dit, il serait naïf de se réjouir du malheur des autres. Une Chine au ralenti, c’est aussi le signe d’un monde qui ne tourne pas très rond.

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