Le sujet du jour, ce sont les mésaventures de BlackBerry. Le pionnier du smartphone, c'était très chic à une époque d'avoir un Blackberry. Eh bien désormais on parle decession…

C'est une des infos choc d’hier, en effet, symptomatique de l’hypercompétition qui fait rage dans l’internet mobile. Pour faire court, et ne pas être trop « geek », BlackBerry qui semblait le roi du pétrole il y a peu de temps encore, étant donné son taux de pénétration dans les entreprises en particulier - c'était le joujou des cadres - est en grandes difficultés. L’année passée, il a fait appel notamment à JP Morgan pour remettre à plat sa stratégie. Jusqu’à présent, il était question de redressement opérationnel, d’amélioration de la trésorerie, de marketing pour renforcer l’attractivité du système d’exploitation maison auprès du public. Des solutions assez soft. Changement de ton désormais, après quelques résultats négatifs de plus. Le groupe est prêt à une transformation capitalistique. On parle de co-entreprise, d’alliances avec un des nombreux acteurs cherchant à se renforcer dans le mobile ; et même « de vente de l’entreprise ou autres transactions ». Bref, la fin de cycle est bien là .

Mais on parle d’une marque qui était un symbole, pour les cadres, et aussi les jeunes avec sa messagerie instantanée… Le dévissage semble incompréhensible ?

En fait, non. La révolution de l’internet est certes un mouvement de fond qui dure depuis bientôt 20 ans. Mais, elle génère toujours des mouvements violents. D’autant que nous en sommes juste au début de la révolution dans la révolution : celle de l’internet mobile. La ligne de front désormais est là. Et elle a des effets telluriques. Hier par exemple, en même temps que les nouveaux malheurs de BlackBerry, une étude nous apprenait qu’aux Etats-Unis, pour la première fois cette année, le temps que les Américains consacrent à leurs smartphones, tablettes et ordinateurs dépasse celui, pourtant considérable, qu’ils passent devant leur télévision. En deux ans, le nombre d’utilisateurs de téléphones connectés à internet est passé là-bas de 92 à 140 millions. C’est encore plus rapide pour les tablettes : 38.9 % des Américains en possèdent une, contre 10.8 % il y a deux ans. Et comme toujours, ce qui se cristallise d’abord aux Etats-Unis est à l’œuvre partout ailleurs dans le monde. Et dans ce grand jeu des fabricants de joujous high tech, le canadien BlackBerry s’est fait déborder par des Coréens et Taïwanais. La mère de toutes les batailles, désormais est celle qui oppose Apple et Samsung, ou plus largement le système d’exploitation d’Apple et l’Android de Google.

Mais ces cycles que vous nous évoquez ne permettent-ils pas d’envisager un retour de balancier, pour une entreprise comme Blackberry ?

Le problème, est que dans cet univers où on vous vend de l’innovation perpétuelle, le flottement stratégique est très invalidant. Et Blackberry a ainsi raté plusieurs virages. A force de chercher à conquérir le grand public, il a moins investi dans la technologie et perdu cette excellence dans les solutions professionnelles qui était le socle de sa réussite. Ensuite, il s’est converti trop tard aux écrans tactiles.

Il paie maintenant la note, qui tient en quelques chiffres. Il s’est vendu 6.8 millions de mobiles Blackberry entre mars et mai. Dans le même temps, Apple livrait 31 millions d’iPhone et Samsung 73 millions de Galaxy. En deux ans, la marque canadienne a vu sa part de marché s’effondrer de 14 à 2.9% ; elle perd 3 à 4 millions de clients par trimestre… Bilan : hier, la société valait en Bourse un peu plus de 5 milliards de dollars. Ce n’est même pas un trimestre de bénéfices d’Apple ou Samsung. Dans le football, c’est de saison, on dirait que BlackBerry, seul, n’a plus les moyens de jouer la Ligue des champions.

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