Jean-Marc Vittori

Dans une heure et demie, l’Insee dira quelle a été la hausse des prix en juin. François Hollande évoquait la semaine dernière un risque de déflation. Question simple : la France est-elle en déflation ?

Apportons pour une fois une bonne nouvelle : non ! Les prix continuent d’augmenter en France. Alors bien sûr, la hausse est toute, toute petite. Le mois dernier, on était sur une pente annuelle de 0,5% et le chiffre qui sera publié tout à l’heure sera du même ordre.

Vous chipotez, là, on est presque à zéro…

Oui bien sûr, +0,5% c’est plus proche de -0,5% que de 2%. Mais c’est très différent. Quand vous êtes dans l’eau et que votre tête est 20 centimètres au-dessus de l’eau, vous pouvez respirer. Quand elle est 20 centimètres sous l’eau, c’est impossible et ça change tout.

Pour les prix, c’est pareil. Quand les prix commencent à baisser, vous changez de comportement. Si vous devez acheter une chemise, ou un poste de radio, ou une voiture et que vous ne l’achetez pas aujourd’hui, vous pouvez espérer la payer moins cher demain. Vous attendez. Et ce faisant, vous précipitez toute l’économie dans un attentisme mortifère.

C’est ce qui se passe au Japon depuis vingt ans.

Une toute petite hausse des prix, est-ce que c’est bien ou non ? Ca dépend qui vous êtes. Trois cas de figure très différents. D’abord, pour le consommateur, oui, une faible inflation, c’est bon, car son pouvoir d’achat est moins attaqué par la montée des prix. Ses augmentations de salaires ne sont pas englouties dans la valse des étiquettes. Ensuite, pour les entreprises, c’est plus dur quand elles cherchent à gagner en compétitivité. Quand les prix augmentaient de 5% par an en Allemagne, une entreprise regagnait vite du terrain en augmentant ses prix moitié moins vite, de 2 à 3%. Mais si le rival allemand relève ses tarifs de 1% par an, le français met beaucoup plus de temps à rattraper son retard en faisant moitié moins, c’est-à-dire un demi pour cent. Enfin pour le gouvernement, c’est difficile à vivre. Car les impôts sont très sensibles à l’inflation. Les grandes lignes de la fiscalité française ont été mises en place dans les années 1950, quand les prix augmentaient de plus de 5% par an, et cette inflation remplissait sans douleur les caisses publiques. Aujourd’hui, c’est exactement l’inverse. L’inflation plus faible accroît mécaniquement le déficit budgétaire.

C’est pour cette raison que François Hollande s’inquiète de la déflation ?

Oui, avec une équation toute simple : Inflation quasi-nulle + croissance quasi-nulle = déficit budgétaire très difficile à réduire. Or la France a pris des engagements très clairs là-dessus, vis-à-vis de ses partenaires européens et de ses prêteurs. Le gouvernement va devoir encore une fois expliquer qu’il n’a pas pu atteindre ses objectifs, qu’il faut lui donner un peu plus de temps en échange de la promesse de mener quelques réformes de plus. Parler de déflation européenne, c’est une manière de faire passer un autre message : il faut relâcher la pression sur tout le monde, pas seulement sur nous, sinon ça va être la catastrophe. Pas sûr que ça marche.

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