Le sujet éco du jour, c’est la crise porcine, pour qui la journée va être décisive avec un rendez-vous sous tension en Bretagne…

Oui, les regards de tous les protagonistes de cette crise agricole devenue feuilleton de l’été sont braqués vers Plérin . Petite ville des Côtes d’Armor, près de Saint-Brieuc, haut-lieu de l’élevage intensif . C’est là que se tient le marché au cadran . Rendez-vous où deux fois par semaine, lundi et jeudi, les éleveurs proposent leurs bêtes, dans des enchères électroniques dégressives, aux représentants des abattoirs. Le jeudi, séance la plus importante, en moyenne 60 000 animaux sont négociés. Le marché du porc breton ne traite « que » 20 % de la production française, mais comme il est au cœur du principal bassin d’élevage, ses cours font référence pour toute la filière. Or, aucune cotation n’a pu être établie lundi. Si c'est encore le cas ce matin et comme tout l'indique, ce serait dramatique pour les éleveurs.

Quels sont les facteurs de blocage à surveiller ?

Avant tout, la tactique des numéros 1 et 2 de l’industrie de la viande porcine : Cooperl et Bigard . Ils ont causé un choc lundi, en pratiquant une politique de la chaise vide qui a empêché la cotation et hier encore, ils refusaient de revenir ce matin. Ce qu’ils rejettent :le prix plancher de 1,40 euro le kilo censé faire consensus pour la filière et le gouvernement depuis le 17 juin. Malgré les appels deStéphane Le Foll , ils disent cet engagement impossible à tenir, car les prix en France seraient surévalués par rapport à ceux des éleveurs d’Europe du nord, notamment. Or l’international, c’est 30 % de l’activité de Cooperl , par exemple.

Pour revenir à ce qui va se passer ce matin à Plérin ; les distributeurs comme Intermarché et Leclerc , qui ont leur propres abattoirs, ont confirmé qu’ils respecteraient ce cours plancher. Mais sans Cooperl et Bigard, 20 000 à 25000 animaux risquent de ne pas être vendus. Scénario catastrophe, donc, car les agriculteurs n’auraient toujours pas de prix de référence et en plus ne sauraient que faire de ces animaux « à maturité », comme ils disent, dans leurs élevages.

Le déblocage de cette cotation permettrait-elle une vraie sortie de crise ? En fait, non : cela ne serait qu’une réponse de court terme à la détresse des éleveurs. Les racines du mal demeureraient : l’immobilisme face à la mutation de la consommation de viande, l’insuffisance des investissements pour la modernisation des abattoirs et des exploitations, et une forme de déni de réalité stratégique. Celui consistant à croire que l’on peut échapper à l’hypercompétition par la magie d’un tarif plancher. La réalité est qu’il faut désormais choisir : soit persister dans la production de masse à bas prix, mais en rationalisant sa structure de coûts pour jouer le jeu d’unmarché internationalisé , soit miser sur le haut de gamme : production de qualité, volumes plus réduits, mais marge préservées. Ce cours de la viande est unproblème conjoncturel , la crise qui en est la source, elle, est structurelle.

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