La monnaie nationale, la livre, a perdu plus de 15% vendredi et ça pourrait continuer aujourd’hui. Qu’est-ce qui se passe ?

Au départ de l’histoire, on trouve Andrew Brunson, un pasteur évangéliste américain emprisonné en Turquie. Le gouvernement le soupçonne d’avoir trempé dans le coup d’Etat manqué de juillet 2016.

Les tensions ont monté ces dernières semaines entre Ankara et Washington à son propos. Donald Trump a tapé du poing sur la table : doublement des droits de douane sur l’acier et l’aluminium turcs. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a dénoncé hier un complot pour abattre l’économie turque. Après avoir déclaré jeudi : « Ils ont les dollars, nous avons Allah ».

Pourquoi ces tensions font-elles dévisser la monnaie turque ?

Parce que les investisseurs se posent des questions.

La Turquie est en plein boom, avec une croissance qui dépasse 7%. Mais avec deux problèmes majeurs.

D’abord l’inflation. Les prix ont augmenté de plus de 12% en un an. Normalement, il faudrait relever les taux d’intérêt pour ralentir la machine et soutenir la monnaie, mais Erdogan ne veut pas en entendre parler.

Ensuite, la Turquie a un déficit courant massif, de plus de 6% de son PIB. Pour le financer, elle doit absolument attirer des investisseurs étrangers. Le bras de fer avec Donald Trump a l’effet inverse : il engendre la méfiance.

La semaine va être très tendue.

Comment ça va tourner ?

Schématiquement, il y a deux scénarios.

Soit ça se calme - mais franchement ça n’en prend pas le chemin.

Soit la Turquie s’enfonce dans la crise.

La livre glisse encore. Les entreprises ne parviennent pas à rembourser leurs prêts en dollars. Comme les créanciers font alors des pertes, à commencer par les banques européennes, plus personne ne veut prêter à la Turquie.

Seule solution : dépenser beaucoup moins pour rééquilibrer les comptes. Ce qui entraînerait inévitablement une récession brutale, comme on l’a vu en Grèce. 

Ce serait catastrophique pour la Turquie - et pas très bon pour nous.

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