L’édito éco de Dominique Seux, du quotidien « Les Echos ». _____ Un livre essaie de prédire l’avenir économique au cours des prochaines années. Un exercice qui s’appelle le prospectivisme : une science très sérieuse qui tente d’établir des scénarios à partir des réalités d’aujourd’hui. L’ouvrage en question a pour auteur Jacques Lesourne, qui est un des grandes pointures dans ce domaine. Sorti major de Polytechnique, il a été enseignant au Conservatoire national des arts et métiers. Mais il a su aussi passer au concret puisqu’il a été le patron du journal « Le Monde » au début des années 1990. Son livre a pour titre « Les crises et le XXIème siècle », et il est édité chez Odile Jacob. Ce qui est intéressant, c’est que l’auteur n’en est pas à son coup d’essai. En 1981, il s’était livré au même exercice : il avait essayé de décrire « les 1.000 sentiers de l’avenir ». Evidemment, pour juger de la crédibilité de ce qu’il dit aujourd’hui, il est tentant de regarder ce qu’il disait hier. Sa thèse principale s’est vérifiée depuis trente ans : c’est l’émergence d’un monde multipolaire, dont les Etats-Unis ne sont plus le seul acteur dominant, et la poussée des interdépendances. Autre pronostic exact, la déficience des contrôles nationaux et internationaux de ce changement. Dans le détail, évidemment, les prévisions tombent plus ou moins juste. Jacques Lesourne anticipait le déclin par soubresauts des Etats-Unis et l’affaiblissement de l’Europe, cela n’a pas été le cas à ce point. Il prévoyait l’éveil de la Chine mais aussi la constance de la pression soviétique. Là, l’erreur est patente. Mais il envisageait aussi une nouvelle période de croissance né de technologies nouvelles, que l’on a effectivement eu pendant dix ans, jusqu’à 2008. Que pronostique-t-il pour demain, donc ? Jacques Lesourne évoque le déclin impérial des Etats-Unis, l’Europe qui va hésiter, c'est une citation, entre la sagesse et la sénilité, la Russie qui, après le temps de l’humiliation va renaître, l’Inde qui va rester isolée, à l’inverse d’une Chine de plus en plus vedette internationale. Mais l’auteur évoque aussi les quatre défis clés des prochaines années. Trois sont connus, le quatrième l’est moins. Il y a le défi, bien sûr, du changement climatique. Il y a celui de la régulation économique de la mondialisation. Sur ce point, l’’économie de marché reste la plus efficace aux yeux de Jacques Lesourne parce que, dit-il en citant l’ancien dirigeant chinois Deng Xiaoping, c’est grâce à elle que les chats attrapent les souris, en clair que le monde tourne. Et il y a le défi de la gouvernance politique du globe : le G20 constitue de ce fait un début de réponse. Mais il y aussi un quatrième défi pour l’humanité, d’une autre nature, c’est le problème du « mimétisme ». De quoi s’agit-il ? Du mimétisme des médias, des opérateurs de marché, des opinions publiques, on dirait en langage courant le comportement moutonnier. Ce mimétisme amplifie les attitudes individuelles, nationales ou régionales, fait que le monde entier veut un I-phone mais que la déprime des ménages américains devient la déprime mondiale. Ou que l’inquiétude du patron chinois qui regarde CNN devient celle des patrons dans le monde entier etc. Ce mimétisme, c’est la mondialisation des comportements qui agit comme une marée qui monte ou – actuellement – qui descend. Je crois que c’est intéressant, que Jacques Lesourne vise juste et que c’est une idée à retenir.

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