Nicolas Sarkozy a enfin décidé. L'ISF sera allégé sans être supprimé. Est-ce que c'est une bonne réforme ?

Au fil des ans, l'impôt sur la fortune a été tellement remanié dans tous les sens, que c'était devenu un impôt stupide. Il frappe surtout l'immobilier. Et puis il a poussé des Français privilégiés, des footballeurs, des pilotes de course, des chanteurs populaires, des chefs d'entreprises, à partir s'installer en Suisse ou même en Belgique, ce qui est un peu vexant. Donc, un allégement va dans le bon sens. Celui qui a été annoncé hier est plutôt bon sur le plan technique. La barrière d'entrée passera de 800.000 euros à 1,3 million –convertis en immobilier parisien, ça fait passer d'un appartement de 100m² à 160 m². Et puis surtout, les taux sont abaissés : 0,25% jusqu'à 3 millions, 0,50% au-delà contre 1,8% auparavant : c'est un vrai changement. Et un changement qui peut se justifier. Le ministre du Budget, François Baroin, a raison de souligner que l'ISF a été créé quand les placements classiques rapportaient 15% l'an. Il prélevait alors le dixième de ce gain. Aujourd'hui, le même placement rapporte 3,6% ; l'ISF en ponctionne la moitié, sans compter les autres impôts. C'est trop.

Mais était-il vraiment urgent de moins taxer les riches ? Ce qui était urgent, c'était de supprimer le système qui avait été créé pour adoucir l'ISF : le bouclier fiscal. Car c'était devenu une machine à perdre les élections. Quand Dominique de Villepin a créé ce fameux bouclier, en 2006, on pouvait encore croire que la France allait s'engager dans la voie de la baisse des impôts. Mais pour baisser les impôts, il faut baisser la dépense publique et ça, on ne sait pas faire. Depuis, la crise a creusé les déficits. Bref, il va falloir augmenter les impôts. Et là, le bouclier fiscal devient politiquement insupportable, car il signifie que tout le monde va payer plus, sauf les plus riches. Liliane Bettencourt aurait touché cette année comme l'an dernier un chèque du fisc de 30 milllions d'euros. Il fallait donc casser le bouclier. Et dans la foulée, alléger l'ISF.

Et pourquoi ne pas le supprimer, s'il est si stupide que cela ? C'était le projet de Nicolas Sarkozy. Mais il n'a pas pu aller jusqu'au bout –en passant, c'est un signe de plus de l'affaiblissement politique du Président. Il a échoué pour deux raisons. D'abord, l'ISF est devenu une vache sacrée. Même les députés UMP ne veulent pas le supprimer, surtout le lundi, quand ils reviennent de leur circonscription, où les électeurs leurs ont rebattu les oreilles avec ces histoires de cadeaux aux riches. Ensuite, il y a là un problème d'économie politique. En cette époque de gouffre budgétaire, pas question de supprimer un impôt sans en créer un nouveau, ou augmenter des taxes existantes. Comme le gouvernement veut moins taxer les gens, il est obligé d'en taxer un plus grand nombre pour collecter autant d'argent. Autrement dit, il fait plus de mécontents que de contribuables heureux. A l'approche d'une élection, c'est évidemment périlleux. Voilà pourquoi il reste un bout d'ISF.

Et le gouvernement va donc augmenter d'autres impôts. Il va notamment relever l'impôt sur les grosses successions, au-delà de 1,8 million d'euros par héritier. Et ça, c'est plutôt malin : il vaut mieux taxer un riche électeur mort que vivant.

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