Ce matin, vous évoquez les deux mensonges du Front National sur l’euro et l’erreur des europhiles.

L’Institut Montaigne, un organisme de recherche libéral a, pour Les Echos , mesuré les effets de la proposition principale du FN en matière économique : l’abandon de l’euro pour le retour au franc. Ils ont fait tourner des modèles et le résultat est sans appel : ce retour ferait perdre 0,5 à 5% de PIB en quelques mois et 6 à 19% à terme. En clair, en dix ans, le PIB perdrait jusqu’à 20% de sa valeur, et jusqu’à un million d’emplois seraient détruits. Le scénario est le suivant. Sur la base de un nouveau franc = un euro, une dévaluation de 20% aurait lieu à cause du déficit commercial ; le pouvoir d’achat plongerait sur tous les produits importés ; les taux d’intérêt monteraient en flèche parce que les capitaux fuiraient la France ; la dette existante devant être payée en euro, elle augmenterait d’un coup ; et il faudrait couper dans les dépenses publiques pour la financer. Bref, un scénario noir et une conclusion : le retour au franc serait un séisme.

Bon, mais ce scénario est-il sérieux ?

Il est sérieux, mais il sera contesté. Le Front national dira qu’il émane d’un organisme qui lui est hostile et qu’il est relayé par un média, mon journal, qui a toujours défendu l’euro. C’est le refrain sur les élites mondialistes et eurolâtres ! Ce qui est vrai est que ce type d’exercice est compliqué. L’Institut Montaigne le reconnaît : l’indice de précision de ce chiffrage est de 1 sur 5, le minimum. Mais ce chiffrage, dont toutes les hypothèses sont disponibles sur Internet, a le mérite de démontrer que la sortie de l’euro, idée qui paraît si simple, si séduisante, a des conséquences qui ne le sont pas.

Et où sont les « mensonges » du FN ?

Le premier est de faire croire que l’euro est la cause - avec les immigrés - de nos difficultés. C’est faux : la Grande-Bretagne, sans euro, est dans la crise. L’Allemagne, avec l’euro, s’en tire bien. D’ailleurs, la Grèce, l’Irlande ou le Portugal, qui sont dans la situation que l’on sait, veulent le garder. Le second mensonge est que de la sortie de l’euro naîtrait un miracle. C’est faux : les premières victimes ne seraient pas les multinationales, qui sont mobiles, mais le petit commerce. Il y aurait probablement aussi un « bank run », une ruée des épargnants, vers les banques pour retirer leur argent.

Deux mensonges, mais vous parliez aussi d’une erreur des europhiles ?

Oui, car peu de monde défend vraiment l’euro et ses bénéfices. Les pompiers courent d’un brasier à l’autre avec des seaux d’eau. Ils modifient les plans de la maison euro. Mais ils ne disent pas qu’elle a quand même protégé des intempéries ; ils ne disent pas que 15 ans d’euro, c’est jeune, l’âge de l’adolescence difficile ; que sur les 7 milliards d’habitants de la planète, il vaut mieux être une force de 330 millions que de 60. Mais cela suppose que l’euro redevienne le projet politique qu’il n’a pas assez été et que l’Europe ne devienne pas une zone dépressive – dans les deux sens du mot.

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