Vous revenez ce matin sur le vrai faux démenti de Jean-Marc Ayrault sur la baisse du taux de rémunération du Livret A.

Un vrai faux démenti qui mérite que l’on s’y arrête parce qu’il est éclairant sur deux points : la communication politique et l’extrême sensibilité en France de quelques sujets. Je rappelle les faits. Après avoir fait chauffer leur calculette, Les Echos ont annoncé hier matin que l’évolution des prix mènera presque automatiquement vers une baisse de la rémunération du Livret A, aujourd’hui à 2,25%. Ce taux est lié à l’inflation par une formule complexe sur laquelle le gouvernement peut s’asseoir, mais c’est difficile. Interrogé hier matin aussi sur France 2 dès potron-minet, Jean-Marc Ayrault a répondu qu’aucune décision n’avait été prise et que le pouvoir d’achat du livret A ne baissera pas. D’où l’idée, en apparence, d’un démenti.

Et donc, ce n’est pas la réalité ?

Pas vraiment ! L’application de la formule, si l’inflation publiée par l’Insee reste basse (on le saura mi-janvier) (cette formule) conduirait bien à une rémunération de 2%, 1,75% voire 1,5%. Pour la bloquer, le Premier ministre et le gouverneur de la Banque de France devront invoquer des circonstances exceptionnelles. Ils peuvent s’arranger tous les deux, mais ils savent aussi qu’un taux d’intérêt élevé complique le financement de la construction de logements sociaux. Le hasard des rendez-vous m’a fait croiser Jean-Marc Ayrault au moment où il partait vers le Maroc. Son message ? Pas de décision formelle prise, mais le souci d’éviter une baisse forte et rapide du taux du Livret A. On verra mais parions : ce taux diminuera, mais pas en dessous de 2%.

Pourquoi cet épisode dit-il quelque chose sur la communication politique ?

Parce que les gouvernants jouent sans cesse au chat et à la souris avec les médias et l’opinion. Jean-Marc Ayrault aurait pu dire : écoutez, oui, la baisse du taux du Livret A est logique si on regarde les prix, elle est possible, mais on en reparle dans un mois. Mais il fait une réponse alambiquée qui risque de lui revenir en boomerang. Il y a un mois, Vincent Peillon et l’Elysée démentaient les informations selon lesquelles la réforme des rythmes scolaires se ferait sur deux ans au lieu d’un … avant de le confirmer. Le problème, c’est que pour les politiques, une information doit s’intégrer dans un « plan de com », qui complique souvent les choses.

Et le Livret A est un sujet particulièrement sensible…

Oui, comme le prix de l’énergie, de l’essence ou du tabac. Ces sujets exercent une sorte de terrorisme médiatique et politique sur les gouvernements quels qu’ils soient - au-delà de leur vrai impact - parce qu’ils sont simples à expliquer et que l’Etat est décideur. Sachant que le montant moyen d’un Livret A est de 3.500 euros, une baisse d’un quart de point de la rémunération représente 9 euros par an, 75 centimes par mois … Il y a des indicateurs bien plus importants, le prix des maisons, le chômage, les salaires, mais ils ne déclenchent pas la même furia.

Puisqu’on en est aux paris, un autre pour finir ?

Toujours à cause des prix, le Smic augmentera d’environ 0,3% au 1er janvier – sans coup de pouce.

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