Renault réunit ce matin son conseil d’administration, qui va enfin découvrir le dossier établi par Nissan contre Carlos Ghosn. lequel est toujours en prison.

La prison de Carlos Ghosn
La prison de Carlos Ghosn © Getty / Akio Kon/Bloomberg

On a un peu oublié Carlos Ghosn, et à la seconde où nous parlons il est toujours dans sa cellule minuscule de 6 mètres carrés et demi, appelé par un numéro de matricule jamais par son nom, et avec interdiction de se lever pour regarder à travers les barreaux. Il y passera Noël et rarement l’expression du Capitole à la Roche Tarpéienne n’a été aussi justifiée. 

Et pendant ce temps, oui, Renault va réunir ses administrateurs, qui vont découvrir pour la 1ère fois le dossier à charge qu’a constitué Nissan. C’est incroyable alors que Nissan appartient à Renault. 

Carlos Ghosn
Carlos Ghosn © Getty / Akio Kon/Bloomberg

Mais il y a encore mieux dans l’aspect polar de ce dossier. Lundi soir, les avocats de Nissan ont débarqué de Tokyo ici à Paris, ils sont allés dans un hôtel et ont proposé aux dirigeants de Renault de venir voir un par un ce dossier de 400 pages. Lesquels dirigeants ont refusé y compris le représentant de l’Etat, parce qu’ils voient bien la manip si je puis dire : Nissan aimerait que Renault débarque à son tour Ghosn. Il y a quinze jours, pour une mise en bouche, Nissan avait déjà proposé de leur montrer un résumé, quelques slides, une présentation power point. 

Aujourd’hui, Renault va en savoir plus sur les 79 millions d’euros de promesses de rémunération que Ghosn aurait dissimulés sur la période 2010-1018, et sur les appartements achetés pour lui par Nissan à Beyrouth, Rio, Amsterdam et Paris. Ghosn conteste les faits. 

Au-delà du polar, sait-on mieux ce que cache cette histoire ? 

Comme on l’a dit ici très tôt, il y a la faute d’un homme, probable, et grave, et il y a le contexte. Celui d’une entreprise, Nissan, qui veut rééquilibrer le rapport de forces avec Renault, plus petit que lui. Nissan supporte mal que l’Etat français soit indirectement son actionnaire, voulait sans doute tourner la page Ghosn au bout de 20 ans et il est possible que les dirigeants de Nissan se soient sentis menacés parce que leurs résultats étaient décevants. 

L’occasion fait le larron, ce n’est pas du japonais, mais on comprend bien qu’un tel climat de défiance entre les deux entreprises ne va pas produire du bon. En japonais, c’est le même mot pour crise et chance paraît-il, eh bien çà ne saute pas aux yeux.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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