Ce matin, un livre vous donne envie de partir en chasse contre la morosité et le pessimisme .

Oui, un livre de ce début d’année, signé par un sociologue reconnu, Jean Viard, enseignant à Sciences-Po, sous le titre « Nouveau portrait de la France ». L’auteur n’est ni un béni oui-oui, ni un optimiste aveugle de ce qui l’entoure. Sa thèse tient en deux mots : bonheur privé, malheur public . Les Français, quand on les suit de près, se réjouissent (globalement bien sûr) de ce qu’est leur vie - ce que confirment les enquêtes de l’Insee. Mais la société française est en dépression collective. Pourquoi ? Parce que les responsables politiques, complète Jean Viard dans le Nouvel Obs de cette semaine, se croient obligés de décrire la France comme un océan de souffrances, en faisant l’impasse sur le bonheur privé du plus grand nombre. La droite se construit sur l’identité nationale ravagée ; la gauche sur les ravages du libéralisme. Or, tout ceci passerait à côté de ce qu’est la France aujourd’hui.

C’est-à-dire, Dominique ?

Le bonheur s’est individualisé, il est sorti de la sphère publique, qui est en désarroi. Ce qui détermine la vie, ce sont, pour Jean Viard, les modes de vie . Aujourd’hui, la part de l’existence consacrée au travail est tombée à 9% - en raison des études, de la retraite, des loisirs. Les équilibres de vie, le lieu où l’on habite, la mobilité - bouger, choisir son lieu de vie - sont pour beaucoup aussi ou plus importants, que le reste. Les Français attachent autant d’intérêt à ce qu’ils font de leur temps libre que de leur temps travaillé. Certes, il y a la précarité, le chômage d’une partie de la population, mais passer sous silence le bonheur privé et les transformations positives (espérance de vie, santé, niveau de vie malgré tout) favorise les extrémismes. Bref, les politiques français seraient à côté de la plaque.

Bon, et à quoi mènent ces lunettes roses ?

Ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Jean Viard propose que l’on regarde toute la réalité de la France, pas seulement un bout. Il a raison. Si on regarde la campagne électorale, c’est frappant. La droite, habituellement, essaie de répondre aux peurs (violences, avenir etc.), la gauche aux humiliations (les injustices). Cette fois, nous sommes dans la dramatisation absolue, il y a un mariage des intérêts. Nicolas Sarkozy ne peut pas dire un mot sans rappeler que nous vivons la crise la plus grave depuis 60 ans ; ses opposants décrivent la France comme Zola en pire. Dans les deux cas, c’est exagéré, instrumentalisé et dangereux. On est au-delà de la critique d’un bilan ou des idées du camp adverse parce que ce n’est pas ce que ressent une grande partie de la population.

Les médias ont-ils une part de responsabilité ?

Sans doute. Mais leur rôle est bien, comme le disait Albert Londres, de porter la plume dans la plaie. En réalité, le problème, conclut Jean Viard, est qu’il n’y a plus, depuis longtemps, de récit collectif disant d’où l’on vient et où l’on va, comme la reconstruction, le progrès ou l’Europe. Conclusion ? Cette campagne a besoin d’antidépresseurs.

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