La Cour des comptes a rendu public hier son rapport annuel. A vos yeux, son président, Didier Migaud, a rendu un demi-service à François Hollande.

Le rapport annuel de la Cour des comptes est un rendez-vous qui, comme le meilleur vin, se bonifie d’année en année. Pendant longtemps, les journalistes et l’opinion se délectaient des abus pittoresques dénichés dans la commune de Farfouilly-les-deux-oies (j’espère qu’elle n’existe pas) ou au service des chauffeurs sans gyrophare des Anciens combattants. On riait bien, on se tapait les côtes, et on passait à autre chose. Puis l’étape suivante a été plus sérieuse : les politiques publiques ont été scrutées à la loupe. Désormais, ce sont les finances publiques dans leur ensemble et le détail qui le sont. C’est une bonne chose et Didier Migaud a la légitimité technique requise et politique puisque chacun sait que c’est l’ancien président PS de la commission des finances de l’Assemblée. Tout cela pour dire que ce rapport est un vrai rendez-vous et pas un document à classer verticalement.

Ce rapport dit en gros que les objectifs de croissance et de déficit du gouvernement ne seront pas tenus

Le déficit à 3% du PIB ne sera pas tenu parce la croissance sera inférieure à la prévision de 0,8% et qu’il manquera donc des recettes fiscales. François Hollande l’a reconnu dès hier. C’est bien sûr une mauvaise nouvelle même si c’était un secret de Polichinelle. En revanche, ce qui est doux à ses oreilles est que la Cour ne demande pas un plan de rigueur pour tenir coûte que coûte les 3%. L’Elysée et Bercy se croient du coup encouragés à aller gaiment à Bruxelles demander un peu d’air sur le déficit. Avec un argument : il serait idiot de déprimer encore plus l’activité de la deuxième économie de la zone euro avec un tour de vis supplémentaire. Et pour faire passer la pilule, tout l’exécutif jure bien sûr la main sur le cœur de son sérieux sur les dépenses. Côté face, François Hollande croit donc avoir gagné un an.

Sauf que, la Cour doute de ces efforts sur les dépenses

Voilà, c’est cela. Non seulement, il est peu probable que nos partenaires européens acquiescent, mais la Cour elle-même refuse de donner un blanc-seing à cette stratégie. Oui, dit-elle, vous avez fait un effort réel, lourd pour réduire le déficit. Mais quand je regarde de près les choses (c’est la Cour qui parle), les trois quarts de l’effort, plus de 30 milliards d’euros, ce sont des hausses d’impôt, contre un quart pour les dépenses (6 milliards). Et, continue-t-elle, les économies annoncées, je ne les vois pas vraiment. En clair, le message est : arrêtez de fanfaronner sur les réformes et les économies que vous allez faire, allez-y ! Et ne croyez pas que le gel du point d’indice des fonctionnaires ou la baisse des crédits aux collectivités locales suffiront. Dix mois après son entrée à l’Elysée, la Cour met François Hollande à nu et au pied du mur.

Un dernier mot ?

Au passage, la Cour donne ce chiffre stupéfiant : depuis début 2012, 85 (je dis bien 85) mesures fiscales à plus de 100 millions ont été prises.

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