L’édito éco de Dominique Seux, du quotidien « Les Echos ». _____ Remise en cause de la réduction du temps de travail dans une entreprise où on ne l’attendait pas : EDF. C’est une histoire intéressante et instructive que révèle un confrère des « Echos » ce matin. EDF est en train de revoir discrètement l’accord qui avait été signé en 1999 sur la réduction du temps de travail. Alors attention, pas partout, juste dans les centrales nucléaires, et pas tous les agents, il s’agit de ceux qui sont chargés de la maintenance. De quoi s’agit-il ? Un nouvel accord a été conclu en décembre avec quatre syndicats à la plus grande centrale française, celle de Gravelines, dans le nord. Et il est regardé de près à Cattenom, en Moselle, ou à Golfech, dans le Tarn-et-Garonne. Un autre accord a aussi été signé à Blayais, en Gironde. En pratique, ce qui a été décidé, avec l’accord de la CGT et de la CFDT, c’est une remise en cause des 35 heures, ou plutôt des 32 heures, puisque c’est la durée du travail d’une majorité des personnels EDF depuis bientôt dix ans. L’idée, c’est de les inciter à revenir au temps plein à 35 heures. Pourquoi ? Tout simplement parce que le casse-tête des horaires est devenu tel qu’il représente un risque. Les RTT qui sont un danger, est-ce le dernier argument contre les 35 heures ? C’est l’inspection générale pour la sûreté nucléaire et la radioprotection, rattachée à EDF, qui le dit. Elle souligne, je cite, les "effets délétères" de l’organisation du travail en place depuis dix ans. La multiplicité des horaires - il peut y en avoir une douzaine au sein d’une même équipe - fait que les personnels travaillent de moins en moins ensemble. On peut travailler en 3X8, en 4X7, en 4X9. Le résultat est que faire travailler une équipe entière une semaine complète est quasiment impossible. Conclusion, affirment plusieurs rapports, il y a un éparpillement des forces, qui multiplie les risques. Au total, je les cite encore, la culture de sûreté est atteinte. Voilà pourquoi EDF a cherché, sur le terrain, localement, à changer la donne. Est-ce marginal ? La question, c’est effectivement de savoir si cette histoire est anecdotique ou symptomatique. Les centrales nucléaires sont un domaine particulier, où il y a peu de personnels. Elles tournent 24 heures sur 24, les erreurs sont impardonnables. On peut se dire aussi que les 35 heures ont bon dos, qu’en réalité, EDF n’a pas su gérer son organisation. En revanche, il y a un autre point intéressant. Ce n’est pas la première fois que la RTT est mise en cause, non pas pour les coûts qu’elle fait peser, mais parce qu’elle a désorganisé le travail. Il y a un autre exemple célèbre, c’est l’hôpital. Faites fonctionner un hôpital avec les 35 heures, c’est extrêmement difficile. Les infirmiers, les anesthésistes, les chirurgiens ont un mal fou à harmoniser leurs agendas. Le fonctionnement hospitalier n’a pas été amélioré. Le dire, pour le coup, n’a rien d’original. Quelles conclusions tirer de tout ça ? La plus évidente : dans les deux cas, les accords signés à la va vite dans le secteur public pour montrer l’exemple en 1999-2000, avec embauches à EDF, sans embauche à l’hôpital, ont été mal négociés. Il aura fallu 10 ans pour pouvoir le dire. Dans les entreprises privées, les 35 heures ont été coûteuses, mais la flexibilité a - un peu - compensé. De toute façon, avec la crise, elles ne veulent pas renégocier parce que c’est le travail qui manque, pas les bras. Dans le secteur public, les langues commencent à se délier. Ce n’est pas fini.

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