Les chiffres sont tombés hier : l’Allemagne a enregistré l’an dernier sa croissance la plus forte depuis 20 ans. C’est un modèle ?

Non, ça n’est pas un modèle parce qu’aucun pays n’est un modèle absolu. Mais c’est un exemple à regarder de près. La croissance allemande a atteint 3,6% l’an dernier –deux fois plus qu’en France. Vous me direz que la récession aussi avait été de l’autre côté du Rhin deux fois plus importante qu’ici, ce qui est exact. La situation allemande reste toutefois préférable parce que la récession est finie et que la croissance semble bien installée. Du coup, l’effet de la crise devrait être effacé très vite. Côté des bons points, il faut encore relever un taux de chômage inférieur à 8 % et un déficit public de 3,5% du PIB. Cela veut dire que Berlin a été moins dogmatique qu’on le disait pendant la crise mais que la situation reste sous contrôle.

Y a-t-il des limites à ces performances impressionnantes ? C’est le mot ! Des limites, il faut chercher pour les trouver ! La première est que le moteur allemand tourne depuis des années sur les exportations et que la consommation a été longtemps le parent pauvre, avec des salaires comprimés. Mais cela est en train de changer. La seconde est que l’Allemagne, outre une démographie catastrophique qui explique la baisse du chômage, va bien, mais après une décennie très moyenne. C’est aussi un rattrapage. La dernière chose est que son modèle exportateur ne fonctionne que si les autres pays, notamment en Europe, vont bien. Sinon, pas de clients ! Vous le voyez, c’est un bon bilan, mais il y a des forces et des faiblesses, tout n’est pas absolument blanc ou noir, unique, sans nuance.

Et vous ne dites pas cela par hasard ! Vous visez le documentaire sur la crise diffusé mardi soir sur France 2 et raconté par Pierre Arditi, l’écrivain Erik Orsenna et l’économiste Daniel Cohen. Oui ! Un documentaire regardé par 3,2 millions de personnes, un succès. Je suppose que tous les auditeurs ne l’ont pas vu. En gros, il retrace l’histoire économique, en partant des années 60 et 70 (une sorte de paradis), en passant par la décennie 80 (la désindustrialisation et la victoire du libéralisme à la Thatcher et Reagan), puis la décennie 90 (les années Tapie), et enfin le début des années 2000 (l’explosion de la bulle Internet). Le tout débouchant, logiquement puisque l’argent pourrit tout, sur la crise actuelle. C’est vif, c’est bien fait, mais ce travail illustre nos difficultés à déchiffrer ce qui se passe, les incroyables nouvelles interactions. Rien n’est faux, mais c’est incomplet, assez caricatural. Bien sûr, la montée de la cupidité et les dérives scandaleuses des banques américaines sont vraies.

Mais ? Mais, pendant 80 minutes, on se dit qu’il manque quelque chose. Il n’y a pas un mot sur l’autre versant. Les ouvertures de frontières ont certes libéré des forces difficiles à contrôler. Mais grâce à la mondialisation, des centaines de millions de gens sortent de la pauvreté et des classes moyennes apparaissent. Dans le film, où sont l’Inde et le Brésil ? Nulle part. Dans les vieux pays, le niveau de vie moyen a augmenté ou est resté stable. Y compris chez nous. Le film ne parle pas de l’Allemagne ! Des révolutions technologiques sont nées. Enfin, le capitalisme n’a pas non plus cassé les Etats : en France, la part des dépenses collectives n’a jamais été aussi élevée. Et, après tout, elles sont financées par l’économie, par les entreprises. Bref, tout n’est pas blanc ou noir : ce serait hélas trop facile !

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