La justice a donc condamnéhier, huit ex-salariés de Goodyear à neuf mois de prison pour avoir séquestré deux cadres de l’entreprise. Est-ce choquant ?

Non, je ne crois pas - sur le principe. Nous sommes dans un État de droit et le tribunal correctionnel d’Amiens a appliqué le droit, tout le droit, rien que le droit, qui stipule que la séquestration peut entraîner jusqu’à cinq ans de prison quand elle dure moins de sept jours. Séquestrer son patron ou un voisin, c’est la même loi qui s’applique, il n’y a pas une loi spéciale pour les relations du travail. Ce qui est intéressant est que c’est le procureur de la République a poursuivi les auteurs de la séquestration, alors que les cadres, eux, avaient retiré leur plainte. Mais imaginer que le gouvernement est derrière, notamment Christiane Taubira, est ridicule sauf preuve contraire. Rappelons aussi que des patrons vont en prison pour telle ou telle raison et que le droit doit être appliqué aussi en ce qui les concerne.

Vous parlez de principe, mais en même temps, les peines de prison sont extrêmement rares...

C’est le contexte très particulier qui a joué et le tribunal dit aux syndicalistes : il y a des limites à ne pas franchir. Tout le monde se souvient de la dureté du conflit et de l’attitude jusqu’au boutiste de la CGT d’Amiens. Actions violentes, menaces, intimidations, agressions, y compris une attitude très dure vis-à-vis des autres élus syndicaux, et particulièrement ceux de la CGC et de … Sud. La CGC a d’ailleurs engagé une action en justice contre la CGT. Les images de la chemise arrachée d’Air France ont peut-être pesé aussi. Il faut savoir enfin que la CGT pendant des années a mené une "guérilla judiciaire totale", a saturé tous les tribunaux locaux qui en ont peut-être eu tout simplement marre. L’arroseur arrosé !

Mais la peine paraît lourde.

C’est vrai. Neuf mois de prison pour huit personnes pour une séquestration de 30 heures, cela semble effectivement hors de proportion. La Cour d’Appel reverra sans doute cela. Précisons que l’appel est suspensif et que les huit ne sont pas entrés en prison hier ! Mais la justice a voulu répondre avec une condamnation infamante et visible à la violence réelle et médiatique de la CGT Goodyear.

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