Après le deal qu'ils ont conclu avec le gouvernement, Laurent Berger (CFDT) et Laurent Escure (Unsa) doivent faire preuve d'autorité sur leurs troupes à la SNCF et la RATP. Des milieux patronaux sont ulcérés par le rôle joué en France par la CFDT depuis 20 ans.

La gare de Toulouse Matabiau
La gare de Toulouse Matabiau © AFP / Frédéric Scheiber / Hans Lucas

Deux questions après le tournant de ce week-end sur les retraites : dans quelle mesure le compromis conclu entre les syndicats réformistes et le gouvernement va-t-il changer la donne sur les grèves dans les transports ? Et que vaut ce compromis ?

Qu'est-ce que le compromis va changer ? 

Edouard Philippe a reculé en donnant une chance à d’autres mesures que l’âge-pivot pour redresser les comptes ; Laurent Berger a bougé en reconnaissant qu’il y avait un problème financier à régler. Vu de Sirius, on ne comprend pas comment il a fallu un mois pour en arriver là, mais la conséquence en est que le front syndical a éclaté. 

Le premier syndicat français (la CFDT), le cinquième (la CFTC) et l’Unsa ont topé tandis que les deuxième, troisième et quatrième syndicats français, plus la FSU, continuent d'exiger le retrait de toute la réforme armes syndicales à la main. 

Aujourd’hui, les transports vont rouler un peu mieux, le gouvernement table sur la fatigue générale, celle des grévistes et de l’opinion, mais il y a une interrogation importante. La CFDT et l’Unsa, les confédérations nationales, vont-elles obtenir de leurs fédérations cheminotes et à la RATP la reprise du travail ? Il en va de leur crédibilité, cela se décidera sur le terrain. Le plus compliqué se passera à l’Unsa RATP, dont le responsable disait dès septembre qu’il n’en a (je le cite) "rien à foutre" de Laurent Escure, le boss national. Mais si ce dernier et Laurent Berger ne sont pas obéis, cela sera un véritable camouflet. 

Que vaut le compromis ? 

Il est en réalité très critiqué des deux côtés. 

Ses opposants de gauche sont bien sûr ulcérés de cette nouvelle victoire du cercle honni de la raison, ils ne veulent pas de la retraite à points, pas de la fin des régimes spéciaux, et parient que l’âge pivot reviendra par la fenêtre dans trois mois - c’est peu probable seul, il y aura un cocktail de mesures : utilisation des intérêts du Fonds de réserve, transfert de cotisations sociales de la branche accidents du travail ... et une mesure d'âge, seule à même de faire rentrer de l'argent dans les caisses.

Mais ce que l’on entend moins, c’est qu’une partie des milieux patronaux sont, eux, et à l'inverse, ulcérés du recul sur l’âge-pivot. Des dirigeants d’entreprise influents appartenant à l'Association française des entreprises privées (AFEP) ont passé en fin de semaine dernière le message à l’Elysée qu’il faut arrêter en France de céder à la CFDT : l’idée initiale des 35 heures, les carrières longues, la pénibilité, la fin de la dégressivité des allocations-chômage il y a vingt ans etc. tout çà, disent-ils, coûte les yeux de la tête sans résultats brillants. 

Voilà ce qu’on entend à droite. 

Sait-on jamais, un compromis aussi critiqué n’est peut-être pas si mauvais que cela ... 

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