L’édito éco de Dominique Seux, du quotidien Les Echos.

Hier, il y a eu une accalmie dans la crise de la zone euro. Est-ce que cela va quand même être le feuilleton de l’été ?

Oui, c’est quasiment certain et cela rappellera aux plus attentifs de nos auditeurs (disons le comme cela) un vieux souvenir : la sortie de plusieurs pays du Système monétaire européen, le SME, en septembre 1992 et en juillet 1993. Personne ne sait si le feuilleton actuel – dont les épisodes sont répétitifs et lassants – se terminera de la même manière. La logique veut tout de même que non, l’enjeu étant plus considérable, une monnaie unique pour un continent qui a besoin d’unité dans la mondialisation. De fait hier, l’Europe s’est un peu ressaisie, l’Italie va adopter un plan de rigueur dimanche, la Banque centrale européenne est intervenue pour acheter des titres grecs. Et un conseil européen est envisagé. Si on prend du recul, cet énième épisode révèle deux crises durables et dont on a pas fini de parler : une crise politique et une crise économique.

D’abord politique, donc?

La question porte sur le rôle joué par les responsables politiques dans le monde d’aujourd’hui, unifié, global, face aux vraies puissances que sont désormais les marchés et les grandes entreprises. Ces responsables donnent souvent l’impression d’être des commentateurs de l’actualité plus que des acteurs. Cela donne aux opinions publiques le sentiment qu’ils sont sans arme face aux événements. Sur l’euro, Angela Merkel parle certainement trop et dans tous les sens, Nicolas Sarkozy pas assez et Silvio Berlusconi à tort et à travers. La génération actuelle est certes moins « habitée » par le rêve européen que les précédentes. Mais s’ils ne se reprennent pas, cette apparente impuissance ruinera peu à peu l’idée que les politiques peut changer le cours des choses et convaincra que l’Europe n’est pas gouvernée.

Et la crise économique ?

Ce que révèle cette crise européenne, c’est que la bulle de la dette est en train, partout, d’éclater. La bulle de l’endettement privé a explosé en 2008, celle de l’endettement public a déjà explosé en Grèce, en Irlande, au Portugal ; ailleurs, elle se fissure. On peut crier au complot des fonds anglo-saxons contre l’euro mais la réalité est que, dans les années qui viennent, on ne parlera que de cela, des dettes. Il faut redonner un chiffre : dans les trois années à venir, la Grèce aura besoin de 172 milliards d’euros pour payer ses dettes, il faut un second plan d’aide. On comprend que cela soit compliqué. Aux Etats-Unis, Barack Obama a jusqu’au 2 août pour trouver un compromis pour pouvoir payer les fonctionnaires. En France, la campagne présidentielle de 2012 sera placée sous ce signe. Ce qui se joue dépasse largement la Grèce.

Comment en sortir, y a-t-il une solution miracle ?

Je ne sais pas précisément quoi faire , mais on voit comment faire. Un sursaut est encore possible pour éviter l’enlisement ou le pire. Cela exige de se hisser au-dessus des intérêts et des agendas nationaux. Cela nécessite l’autorité, de la rapidité et de la solidarité. Trois mots qui ne sont possibles qu’avec un seul scénario pour la fin de ce feuilleton : plus d’Europe, pas moins d’Europe.

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