Au lendemain des annonces du groupe PSA, l’émotion est toujours aussi grande.

Alors, beaucoup a déjà été dit ou écrit sur cette catastrophe industrielle et humaine. Ce qu’on peut ajouter aujourd’hui c’est que ces 8.000 suppressions d’emplois constituent un double séisme, pour le groupe et pour le pays, et un test pour le gouvernement. Un séisme d’abord pour PSA et, bien sûr, pour ses salariés. Même si la fermeture du site d’Aulnay ne constitue pas à proprement parler une surprise, l’ampleur du plan de restructuration constitue un choc majeur.Cette déroute vient en fait sanctionner une double faiblesse. Cela peut paraître paradoxale, mais le premier constructeur auto français est à la fois trop petit et trop européen. Trop européen, pour commencer. Quand tous ses rivaux se mondialisent, le Vieux continent représente encore 60 % de ses ventes, contre un peu plus de 50 % pour Renault par exemple. Quant à ses implantations dans les pays émergents, elles n’ont pas encore atteint l’équilibre.Trop petit, ensuite. A force de privilégier les alliances limitées pour ne pas perdre le contrôle du groupe, la famille Peugeot a bridé le développement de ses marques par manque de moyens. Or la montée en gamme impulsée par le patron Philippe Varin demande du temps et de l’argent. PSA n’a plus aujourd’hui ni l’un ni l’autre. Dans un marché auto européen en baisse constante depuis 2007, il a fini par basculer dans le rouge et brûle chaque mois 200 millions de cash. Du coup, dans sa configuration actuelle, l’équation économique du groupe est devenue impossible à résoudre.Vous disiez que la fermeture d’Aulnay était également un séisme pour le pays.

Oui, c’est la première fois depuis le début de la crise qu’un poids lourd de notre économie se retrouve au tapis.Alors bien sûr il y a eu les difficultés de la sidérurgie ou des chantiers navals, mais ces dossiers s’inscrivent malheureusement dans une chronique au long cours. Dans le cas de Peugeot-Citroën, c’est un des fleurons de notre industrie qui vacille, quasiment sans crier gare. C’est la preuve que la crise ne frappe pas seulement les PME ou les secteurs en difficultés. Et que la vague des plans sociaux prévus après la présidentielle s’annonce malheureusement très haute.C’est la preuve aussi de la violence des changements qui sont à l’œuvre dans l’économie mondiale et de la vitesse à laquelle une situation bien établie peut se dégrader. La démonstration que dans la tourmente actuelle, les erreurs stratégiques se paient cash même au sein du CAC40. De quels moyens le gouvernement dispose-t-il pour réagir ?

Ces suppressions massives d’emplois sont le premier grand test social du pouvoir socialiste. Deux mois après son élection François Hollande est mis au défi de donner corps à la notion encore flou de redressement productif dont il a fait une priorité.D’ores et déjà, le gouvernement l’a annoncé. Il entend faire pression pour améliorer les conditions du plan social présenté hier. Il a indiqué aussi travailler à un plan pour soutenir la filière auto qui sera présenté fin juillet. Mais cela ne suffira pas. La première fermeture d’une usine automobile en France depuis celle de Billancourt il y a vingt ans doit être traitée comme elle le mérite, c’est-à-dire comme un signal d’alarme. C’est l’occasion de répondre aux questions que pose le coût du travail en France. Pour éviter que ce genre de catastrophe se reproduise régulièrement, le gouvernement doit mettre en place les conditions d’un rebond de notre tissu industriel. Cela passe par l’allègement des charges ciblé sur les emplois confrontés à la mondialisation. Par une plus grande flexibilité du marché du travail pour s’adapter à une demande de plus en plus cyclique. Et aussi par une fiscalité moins pesante sur le travail.Aucun de ces sujets n’est nouveau. Ils étaient d’ailleurs tous au menu de la grande conférence sociale qui s’est tenue en début de semaine. Reste maintenant à faire bouger les lignes. Et le plus tôt sera le mieux. Le naufrage de PSA témoigne de l’urgence de la situation.

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