On va continuer à parler de la Grèce avec l’édito éco de Dominique Seux, des Echos. Avec une question simple : Angela Merkel avait- elle raison d’être aussi dure dans la négociation ?

Elle est effectivement très dure, et c’est assez incompréhensible à nos yeux français. Je crois, que pour comprendre le point de vue des Allemands et du camp des « durs », il faut néanmoins écouter ce qu’ils disent -entendre, cela ne veut pas dire être d’accord. Il suffit de rappeler des chiffres très simples. Les créanciers de la Grèce lui ont prêté plus de 250 milliards d’euros depuis 2010. Ils ont d’ores et déjà annulé, abandonné, donc cela s’ajoute, plus de 100 milliards d’euros de créances, celles que détenaient les banques. Le troisième plan d’aide dont on a parlé cette nuit, serait compris entre 80 et 90 milliards. Faites le total : on est à plus de 450 milliards d’euros, plus de deux fois le PIB (le produit intérieur) grec. Cette ampleur, c’est absolument inédit ; et n’oublions pas que cela concerne un pays de dix millions d’habitants. Cet argent, ce n’est pas celui des banques ; c’est celui des fonds européens, de la banque centrale, bref des autres Européens. Mais, entend-on, ce ne sont que des prêts, pas des vraies aides au peuple grec. Sauf que chacun sait, et les Grecs le revendiquent, ces prêts ne seront pas remboursés, en totalité ou en partie. On peut comprendre qu’il y ait une au moins une interrogation. La légèreté avec laquelle on regarde cet aspect des choses en France laisse pantois.

Mais, disiez-vous, écouter l’Allemagne, ce n’est pas être forcément d’accord avec elle et trouver un compromis pour garder la Grèce dans l’euro était de toute façon préférable.

Exactement. Ces chiffres sont importants, c’est vrai qu’il n’y a aucune confiance à avoir envers le gouvernement d’Alexis Tsipras qui a obtenu par référendum un soutien des Grecs contre les mesures qu’il est désormais prêt à accepter. Mais Mais le coût de la sortie de l’euro, pour Athènes, (aurait été) serait très élevé -en tous cas à court terme, à moyen et long terme, c’est moins sûr. Ce coût serait (aurait été) élevé aussi pour l’Allemagne qui aurait (aurait eu) à assumer le premier rétrécissement du projet de monnaie unique. Il serait enfin considérable sur le plan politique pour la zone euro. Un compromis est (était) donc nécessaire. La France et François Hollande ont eu raison de pousser au compromis. Mais l’erreur de Paris ces derniers jours a été de croire dès jeudi soir que c’était gagné, quand Alexis Tsipras a accepté les réformes qu’il refusait jusque là –et de se montrer presque triomphant de façon trop voyante. S’il se confirme par ailleurs que Berlin n’était pas au courant que la France a prêté des fonctionnaires à Athènes pour rédiger les propositions grecques, on comprend la suspicion. Cela étant, si l’accord se confirme, bravo François Hollande.

Vous dites : « bravo si » ... .

Bravo si Alexis Tsipras applique sincèrement l’accord pour faire évoluer son pays ... ce qui n’est pas évident de la part de quelqu’un qui déteste tout ce que représentent les 18 autres pays. Donc, on peut avoir un gros doute.

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