La majorité des Français ne travaillera pas aujourd’hui. Les écoles, l’administration et la quasi-totalité des entreprises seront fermées.

Si on osait, on pourrait dire que le lundi de Pentecôte férié est bel et bien ressuscité ! L’intuition de départ de Jean-Pierre Raffarin d’allonger la durée de travail et de taxer les revenus du capital pour financer la dépendance des personnes âgées après la canicule de 2003 était juste. Mais les modalités pratiques de cette journée de solidarité se sont d’abord traduites par une belle pagaille, certains travaillant, d’autres pas. Depuis 2008, ce lundi est redevenu férié et chômé pour la majorité des Français. Mais il reste l’essentiel de la réforme : les salariés travaillent « gratuitement » sept heures dans l’année pour permettre aux employeurs de payer une taxe de 0,3% de la masse salariale. Aujourd’hui, la question est de savoir s’il existe encore une marge pour offrir une seconde journée de solidarité pour la nouvelle réforme de la dépendance qui arrive.

Premier question : où en est la France sur le nombre de jours fériés et de congés par rapport à ses voisins ? Du côté des jours fériés, la France est dans la moyenne avec 11 jours par an. L’Allemagne est à dix, le Royaume-Uni à huit, mais l’Espagne à quatorze. Donc, la moyenne. S’agissant des congés, la comparaison est difficile. Si on regarde le nombre officiel d’heures de travail dans l’année, la France est sous de la moyenne, mais peu. Et pourtant, si vous regardez le nombre de jours de congés, plus parlant, la différence est réelle, notamment pour les cadres. Sans valeur scientifique, j’ai demandé à une trentaine d’amis d’entreprises ou d’administrations différentes de me dire ce qu’il en est, concrètement, pour eux, pour les congés et RTT. Le résultat est intéressant. Dans une très grande banque française, on affiche 26 jours de congés et 19 RTT –soit 45 jours (neuf semaines) ; il y en a à peu près autant chez un grand constructeur automobile, dans les organismes parapublics ou dans les hôpitaux parisiens. Les magistrats sont à 47. Chez un grand opérateur télécom, on descend un peu, à 40 jours.

Mais ce n’est pas la même chose dans les petites et moyennes entreprises. C’est clair ! Plus la taille de l’entreprise diminue, moins il y a de jours de congés. On repasse aux cinq semaines de congés + 9-10 jours de RTT. Parfois moins, voire rien de tout. La conclusion, sans surprise, est qu’il existe une France à deux vitesses. Cela veut dire, pour en revenir à la dépendance et au lundi de Pentecôte, que créer une deuxième journée de solidarité ou un mécanisme quel qu’il soit d’allongement du temps du travail correspondra peut-être à une nécessité, mais que cela fait plus mal à certains salariés qu’à d’autres. Méritent donc aussi d’être explorées d’autres pistes : des économies dans des dépenses publiques ailleurs, davantage d’équité. Le fait que le taux de la CSG soit plus bas pour les retraités que pour les salariés n’est pas justifié.

En attendant la décision gouvernementale, il faut savourer ce lundi férié. Bien mérité, après un mois de mai sans un seul jour férié. Les 1er et 8 mai sont tombés un dimanche et le jeudi de l’Ascension et le lundi de Pentecôte sont passés en juin. Une configuration qui ne s’était pas produite depuis... 1870 !

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