Ce matin, vous vous demandez tout simplement si nous sommes en… 1932 !

C’est une question qu’on entend en ce moment dans la bouche d’économistes vedettes. L’idée choc, c’est que 2012 est l’équivalent de 1932, c’est-à-dire trois-quatre ans après 1929 - comme 2012 suit 2008. Et bien sûr 1932 inquiète parce qu’après il y a 1933, quand Hitler prend le pouvoir. C’est violent, mais l’approche est économique : pour ces Cassandres, les politiques d’austérité en Europe ne résolvent rien, aggravent la crise et poussent les peuples vers les extrêmes. Et le coupable, c’est l’Allemagne. Voilà l’accusation portée ces jours-ci par les Américains Nouriel Roubini (université de New York) et Niall Ferguson (Harvard). Par ailleurs, un Allemand, l’ancien ministre Vert des affaires étrangères Joschka Fischer, accuse Merkel d’avoir oublié les leçons des années 30 et de conduire encore l’Europe à la ruine. Rien de moins.

Quels sont les termes du débat ?

Les Cassandre ont toujours un rôle facile ! Mais là où 1932 et 2012 se ressemblent, c’est quand on voit que tout a démarré par une crise financière et que quatre ans après, rien n’est réglé. Les pompiers courent d’un incendie à l’autre, mais on a l’impression qu’ils cherchent à les éteindre avec de l’essence, se moque Fischer. Aujourd’hui, accuse Roubini, l’Allemagne exige l’austérité pour tous, c’est la cigale qui veut punir les fourmis, mais en cauchemardant sur l’hyperinflation de 1923, elle ne voit pas qu’elle prépare 1933. La Grèce, l’Espagne s’enfoncent. Là où le parallèle fait sens, c’est la lenteur des décisions en Europe.

Le parallèle peut-il être poussé plus loin ?

Non, comparaison n’est pas raison. La première différence, énorme, est que les années 20 et 30 suivaient de peu un conflit mondial et que la tension politique internationale était forte ; la deuxième est que l’économie mondiale est toujours, aujourd’hui, en forte croissance, dont profitent les économies européennes ; la troisième est que le protectionnisme, qui repasse la crise aux pays voisins, il y a un siècle, s’était imposé; il reste marginal aujourd’hui. En dehors de la Grèce, les chutes d’activité n’ont rien à voir avec celles des années 1930.

Voilà les termes du débat 1932-2012. Mais y a-t-il des leçons à tirer des moyens de sortir de la crise ?

Pas tant que ça ! L’historien Jean-Marc Daniel rappelle que le New Deal de Roosevelt n’a pas vraiment marché et a creusé les déficits. En 1938, le chômage était encore considérable. Aux Etats-Unis, c’est, il faut le dire hélas, l’effort de guerre qui a relancé la machine. Et aujourd’hui, l’économie américaine vacille encore malgré la colossale relance monétaire. La relance n’est pas la solution de tout. Dans le cas de l’Europe, il n’y a pas d’autre voie qu’un saut politique pour mettre sur un pied d’égalité solidarité et responsabilité. Mais cela avance ! Hier, le président du conseil européen, Hermann Van Rompuy, a annoncé, pour le sommet du 28 juin, des initiatives pour une union bancaire, économique et budgétaire. Il l’a annoncé par un tweet, à 13 h 08, tweet qui n’a pas fait, celui-là, beaucoup de bruit !

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