Stéphane Richard, le patron d’Orange, a donc été mis en examen hier dans le cadre de l’affaire Tapie. Question simple : peut-il rester à la tête de l’entreprise ?

La réponse est : ça va être difficile, mais on peut ajouter, hélas. Hélas parce que, quelqu’un mis en examen est présumé innocent, ce qui est oublié dans notre temps ultra-médiatique et ultra-amnésique. Hélas, parce que la quasi-totalité des dirigeants mis en examen depuis vingt ans ont été en définitive reconnus non coupables après des années de procédure : les patrons de Bouygues, Axa, Saint-Gobain, Total ou la Société Générale. Cela étant, oui, Stéphane Richard est en difficulté parce que son cas est en vérité inhabituel. L’affaire Tapie n’a rien à voir avec l’entreprise Orange, c’est ce qu’il a fait ou pas au titre d’anciennes fonctions qui est en cause ; Et cette fois, l’Etat est partie civile, il est question d’argent public et de politique ; enfin, des rebondissements sont vraisemblables, donc comment gérer sereinement une entreprise de 170.000 personnes dans le monde ?

Il y a un précédent, pourtant...

Le seul précédent, Louis Schweitzer qui était resté patron de Renault alors qu’il était mis en examen dans l’affaire du sang contaminé qui datait de son passage à Matignon avec Fabius, (ce précédent) plaiderait plutôt en faveur du maintien. C’est vrai. Mais c’était une autre époque. Le gouvernement hume le vent mais, hier, on le sentait prêt à souffler dans le sens du débarquement – même s’il n’a qu’un strapontin au conseil. En revanche, les salariés, les syndicats même si c’est un peu moins vrai aujourd’hui qu’hier, veulent garder Stéphane Richard parce qu’il a du charisme et qu’ils craignent, dit-on, le parachutage d’Anne Lauvergeon !

Cette affaire est en tous cas hors normes, non ?

A tous points de vue. Il n’est pas question d’aller sur le fond mais il y a plusieurs choses certaines. On a rarement vu une affaire aussi complexe, la vente d’Adidas et le fait de savoir si Tapie a été la victime du Crédit Lyonnais, elle nous occupe depuis vingt ans. Beaucoup de ministres des Finances ont voulu en finir. Ce qui est sûr aussi est que les juges soupçonnent une « bande organisée » autour de l’Elysée de l’époque, mais le mobile pour favoriser Tapie reste encore inconnu. Et pas de mobile, pas de délit avéré. Continuons. Sans aller dans la théorie du complot, remarquons que cette affaire présente trois chiffons rouges pour les juges : Sarkozy, Tapie et justice arbitrale qui leur échappe. Difficile de savoir ce qu’ils détestent le plus : Ils ne feront pas de cadeau.

Cette affaire est donc loin d’être terminée...

Non, parce que, sans même savoir si il y a eu ou non « escroquerie » et si les dés de l’arbitrage étaient pipés, le recours même à l’arbitrage n’avait aucune chance de passer comme une lettre à la poste. Les magistrats étaient contre, on l’a dit, ils ont été court-circuités ; les politiques sont contre parce que Tapie est devenu l’anti-héros ; et les hauts fonctionnaires étaient contre parce que l’arbitrage les a obligés à solder une affaire qu’ils réussissaient à faire traîner sans jamais sortir le chéquier. Leur rêve à tous, que cela continue encore dix ans. Et en vérité, ils ont gagné, c’est ce qui va se passer.

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