L'édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». __ Nicolas Sarkozy se verra remettre aujourd'hui le rapport Cotis sur le partage de la valeur ajoutée, des profits, et sur les écarts de rémunération en France. C'est un rapport sérieux, intéressant mais dont l'avenir est, peut-être, incertain. Pourquoi ? Parce que ses conclusions tordent le cou à des idées reçues et que si le patronat, les syndicats et le gouvernement, ont chacun des raisons d'être content, au fond, cela les dérange tous. La première conclusion de cette enquête réalisée par le patron de l'Insee, l'institut de la statistique - un économiste tout à fait sérieux, conforte le patronat et constitue une pierre dans le jardin des syndicats. Depuis des années, l'idée dominante est que le partage de la valeur ajoutée dans l'entreprise se fait de plus en plus en faveur des profits et au détriment des salaires. Eh bien, le rapport pointe, chiffres à la clé, que ce n'est pas vrai. Depuis vingt ans, les deux tiers de la valeur ajoutée vont aux salaires. Cette proportion est stable. A l'inverse des Etats-Unis et de l'Allemagne, où les salaires ont perdu du terrain. La seconde grande conclusion concerne les salaires. Là, les syndicats marquent un point. Le rapport Cotis confirme que les salaires ont peu progressé en France depuis, là aussi, 20 ans. Il dit pourquoi les classes moyennes se sentent appauvries : elles ont été rattrapées par les bas revenus qui ont bénéficié des revalorisations du Smic et leurs feuilles de paie ont été rognées par la hausse des prélèvements sociaux. Le diagnostic est plus compliqué sur les écarts de revenus. Contrairement à une autre idée reçue, les inégalités de salaires n'ont pas, globalement, augmenté en France. L'écart entre les 10% les plus élevés et les 10% les moins élevés n'a pas bougé d'un iota depuis 25 ans, il est de un à trois pour les temps complets. Là où, c'est vrai, les écarts se sont creusés, c'est avec le sommet de l'échelle, le centième et surtout le millième le mieux payé. C'est-à-dire les 13.000 salariés qui gagnent plus de 300.000 euros par an. Mais ça, c'est un sujet politique, certainement pas un sujet économique. Nicolas Sarkozy trouvera-t-il, dans ce rapport, ce qu'il attendait ? Si on résume, nous avons un partage salaires-profit stable, mais un pouvoir d'achat des salaires qui s'est tassé. Tout cela n'est pas une découverte et ne fait pas une révolution. Sauf que le chef de l'Etat a promis une révolution quand il a fait miroiter la règle du partage des bénéfices en trois tiers, un pour les salariés, un pour l'investissement et un pour l'actionnaire. Personne ne croit évidemment qu'une norme générale pour toutes les entreprises est possible. Le patronat et les syndicats - le Medef n'a plus le choix - vont donc oublier la révolution pour négocier une petite réforme. Donc beaucoup de bruit pour rien ? Le rapport risque de faire « pschittt » mais il a le grand mérite de corriger des idées reçues. Et puis, il dit quelque chose qui devrait sauter aux yeux : si les salaires sont modestes, c'est parce que la productivité et la croissance sont faibles depuis trop longtemps. En clair, je vais dire un gros mot, les entreprises ne sont pas assez compétitives.

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