L’Insee a fait un point hier sur la conjoncture économique, et c’est vrai que les chiffres sont moyens. Nous avons un produit intérieur brut (PIB) qui est en hausse, mais en hausse très modeste, de 0,1%. C’est proche de la moyenne de la zone euro, mais c’est clairement moins qu’aux Etats-Unis, qui affichent un brillant + 0,8%. Pourquoi ce chiffre mou et qui, à vrai dire, a surpris ? Le quatrième trimestre avait été bon, il n’est pas surprenant que la croissance s’essouffle un peu. Un certain nombre de mesures, comme la prime à la casse pour les voitures, ont aussi été réduites – cela joue. Même si les économistes sont tous néanmoins à peu près confiants sur le fait que le deuxième trimestre, celui qui est en cours, sera meilleur, tout cela n’est évidemment pas flamboyant. Voilà pour la ligne générale. Et de plus près, que voit-on ? Trois choses. La première est que le petit bonus de croissance du début de l’année s’explique par la baisse de l’euro, qui a donné un coup de pouce au commerce extérieur. La deuxième est que la consommation des ménages, qui a très bien tenu pendant la crise, est stable : ni hausse ni baisse – c’est pas mal. La troisième, certainement la plus intéressante mais certainement pas la plus rassurante, est le nouveau recul de l’investissement des entreprises. Je dis « nouveau » parce que c’est le huitième recul trimestre consécutif – ce qui n’était pas arrivé, paraît-il, depuis 60 ans au moins. Cela montre l’attentisme des chefs d’entreprise qui (comme Ariane) ne voient toujours pas une reprise franche venir. Ils la voient en Asie, un peu aux Etats-Unis mais pas ici. Et donc ils n’investissent pas. Pourquoi est-ce plus grave que la consommation ? Si on regarde les grands groupes, qui ont de bons résultats, cette panne de l’investissement en France veut dire qu’ils investissent ailleurs. Pour les PME, c’est un gros manque de confiance dans l’avenir. Le problème, qui va au-delà, est qu’une absence d’investissement pendant un certain temps fait que l’outil de production (pas seulement dans les usines, dans la construction et dans les bureaux), que cet outil vieillit et va finir par devenir obsolète – et donc non compétitif. C’est la vraie inquiétude que l’on peut avoir à la lecture des chiffres de l’Insee. Y a-t-il aussi une leçon à tirer de ce petit + 0,1% de croissance pour la politique économique ? Cela suggère que les politiques économiques doivent être différenciées. La Grèce, le Portugal et l’Espagne (qui a annoncé hier une baisse de 5% des salaires de ses fonctionnaires à partir de juin) n’ont pas d’autre choix que la rigueur. La France, en qui personne n’a confiance dans ce domaine, devra, elle, envoyer des signaux concrets mais rien de dramatique. En revanche, le débat va rebondir sur ce que fait l’Allemagne. Ses comptes sont plus en ordre qu’ailleurs et elle n’a aucun intérêt à se montrer, elle, trop rigoureuse : il faut bien que les Allemands achètent des produits espagnols, français – et même grecs. Mais là, c’est peut-être demander l’impossible !

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