Ce matin, vous voulez exprimer votre compassion pour l’exercice de haute voltige du gouvernement sur les impôts. Il n’y a pas un peu d’ironie ?

A peine ! Le gouvernement se trouve dans une situation fiscale tellement intenable que l’on a presque pitié de lui. Depuis des semaines, il nous répète que c’est fini, les impôts n’augmenteront plus. Que le ras le bol fiscal a été entendu. « Trop d’impôt tue l’impôt », a même assuré Manuel Valls dimanche soir sur TF1 - ce qui constitue à un acte de contrition inhabituel. Et boum, c’est le moment où les contribuables reçoivent leurs déclarations de revenus et où beaucoup constatent que, oui, ils vont payer plus voire beaucoup plus d’impôts. La contradiction est si évidente, le gouvernement est tellement sur les charbons ardents que cela fait sourire. Mais c’est la loi du calendrier : les décisions prises ces dernières années produisent leur plein effet maintenant seulement. Quotient familial, refiscalisation des heures sup, taxation des complémentaires santé, et on en oublie. C’est un piège de communication mais surtout un piège économique parce que des Français qui paient davantage d’impôts, ce sont des Français qui dépensent moins dans les magasins. Et ce n’est pas bon pour la reprise.

C’est la raison pour laquelle le gouvernement prépare une baisse d’impôt pour les ménages aux revenus modestes.

Oui, pour les quelques 650.000 ménages qui étaient non imposables jusqu’à maintenant et qui le deviennent (imposables) à cause des mesures prévues par le budget. Le coût du geste pourrait monter jusqu’à un milliard ! C’est baroque ! En clair, on a rempli une baignoire qui déborde, alors on écope avec une timbale pour limiter le débordement, mais l’eau est toujours à ras bord. L’impression qui en sort est que dans l’esprit du gouvernement, le « trop d’impôt tue l’impôt » ne concerne que ceux qui n’en paient pas ou presque ... Or, s’ils sont trop lourds, ils le sont pour tous et d’abord pour les classes moyennes et les revenus plus confortables ! Et pour ceux là, ils ne baisseront pas au cours des prochaines années. Au-delà, le problème budgétaire est que ce milliard, il faudra le trouver quelque part ; on est à deux doigts de la cagnotte ! En réalité, si les impôts ont augmenté autant, c’est bien qu’il n’y a pas eu d’économies suffisantes dans les dépenses auparavant. Oui, on a de la compassion pour lui !

Avant de finir, un mot à propos d’un rapport de la Cour des comptes sur Areva et sa gestion par Anne Lauvergeon.

C’est un rapport de 122 pages au vitriol comme on en a rarement lu, sur la gestion, les choix stratégiques nucléaires, le salaire de celle que l’on appelle encore Atomic Anne. Sauf s’il est démontré que ce travail est orienté ou injuste, ce qui est intéressant est qu’Anne Lauvergeon a longtemps eu – et a encore - une cote énorme auprès des médias à cause d’une personnalité séduisante et directe. Combien de Une, de portraits flatteurs etc. Eh bien, pan sur le bec pour nous, les journalistes qui avons été plus sensibles à la com qu’au fond.

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