Les députés vont examiner à partir d’aujourd’hui le texte sur la réforme de la fonction publique.

Les 36 articles de ce projet de loi vont avoir des effets concrets pour les cinq millions de fonctionnaires. 

Certes, le gouvernement a été moins ambitieux que prévu il y a un an. La baisse du nombre d’agents, la remise en cause du statut et le salaire au mérite sont plus ou moins passés à la trappe. 

Mais le recours accru aux contractuels, les passages facilités d’une fonction publique à l’autre et, surtout, la fin de la cogestion avec les syndicats pour les avancements, sont des vrais changements. Evidemment, lesdits syndicats sont discrets là-dessus, mais çà joue un rôle certain dans leur mécontentement. 

Il faut dire que le gouvernement se montre malin dans cette affaire. Il a mis sur la table un point embarrassant pour focaliser l'attention : le temps de travail. En décidant que les fonctionnaires doivent travailler les 35 heures légales et pas en dessous comme cela arrive parfois (rarement quand même), il agite un chiffon vert aux yeux des Français. Il est difficile de trouver des arguments forts contre cet alignement sur le droit commun (qui ne concernera pas l’hôpital). 

Et par ailleurs du côté des fonctionnaires, un geste est consenti en direction des nombreux agents contractuels précaires. Dans une interview aux Echos, le secrétaire d’Etat à la Fonction publique, Olivier Dussopt, confirme que les CDD jusqu’à un an bénéficieront à partir de 2021 de la prime de précarité de 10% qui existe dans le secteur privé. Il propose de la réserver aux contractuels jusqu’à deux Smic, mais cela sera discuté en séance. Coût : 4 à 600 millions d’euros. 

Et puis, il y a l’ENA. Une mission d'expertise a été lancée, mais Emmanuel Macron, en évoquant la suppression de l’ENA, veut montrer à tous les fonctionnaires que personne n’est intouchable. Y compris ceux d’en-haut. Des mises au goût du jour sont bien sûr toujours possibles, même si faire porter le chapeau des difficultés politiques aux hauts fonctionnaires est un classique inusable et honnêtement un peu usé tout de même. Une réforme concernerait semble-t-il aussi l’école de la magistrature (le président semble assez remonté contre leur corporatisme), celles des cadres de la santé et Polytechnique. 

Mais faisons un pari : la bataille des grands corps contre cette réforme des grandes écoles a davantage de chances d'être victorieuse que celle des syndicats contre le projet de loi de ce jour !

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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