Pour fabriquer l'élastique des masques, on a besoin d'hévéa ou de polymère, qu'il faut importer. A l'issue de cette crise, il y aura quelques relocalisations, mais le consommateur doit alors assumer d'en être le perdant pour prioriser la production.

Il faut s'attendre à une baisse du pouvoir d'achat, alerte Dominique Seux
Il faut s'attendre à une baisse du pouvoir d'achat, alerte Dominique Seux © Getty / Nattakorn Maneerat / EyeEm

Projection sur l’après-virus : va-t-on vers la fin de la mondialisation avec des relocalisations massives ? Je vais tout de suite spoiler cette chronique ! Une démondialisation totale : non ; un zeste de démondialisation : c’est probable ; des relocalisations massives : non ; quelques-unes : sans doute. 

L’économie n’a rien à voir avec le virus, mais le virus a révélé des failles économiques et cette crise va prolonger une tendance à l’œuvre depuis 2008. 

Imports / exports : où en est-on ?  

En 1980, le total des importations et des exportations mondiales représentait 40% du PIB mondial. Avec la chute du Mur de Berlin, l’explosion de la Chine, les technologies et la baisse du prix des transports par container, ce 40% a filé tout droit à 60% en 2008. C’est la mondialisation heureuse. Depuis, on est redescendu à 53% (voir graphique cet article de Richard Hiault)

On est allé particulièrement très loin en France où les deux tiers des produits manufacturés (télé, ordinateur, textile, voiture, presque tout en fait etc.) sont fabriqués ailleurs. La France est allée loin dans la désindustrialisation, pour de multiples raisons. 

Mais attention, impossible de tout refabriquer ici : un masque, rappelle le site Telos, a besoin d’un élastique, qui est soit en latex (c’est de l’hévéa) soit en polymère (c’est du pétrole). Les deux sont absents de France... 

De même, les curares utilisés en réanimation sont issus de lianes amazoniennes et africaines. 

Sans oublier l’essentiel : les pays occidentaux importent ce qui est fabriqué moins cher ailleurs

Mais en face, la pression sur les relocalisations est forte et elle se comprend : pour de raisons stratégiques et politiques (les médicaments), parce que la guerre contre le CO2 devient prioritaire et parce que les envies alimentaires poussent au local. 

La globalisation devient donc et deviendra un peu plus "slowbalisation", selon le mot d’un économiste américain

Mais ce ne sera pas sans conséquence.

Depuis trente ans en France et aux Etats-Unis -pas en Allemagne qui a privilégié le producteur, pas au Royaume-Uni qui s’est appuyé sur la finance -, (en France) le consommateur a été systématiquement préféré à l’usine, au patron de PME, salarié et à l’agriculteur. 

Cette mondialisation a donné d’énormes gains de pouvoir d’achat, qui ont rendu indolore la hausse des prélèvements sociaux pour financer les retraites, la santé et la solidarité. Très concrètement, pour évoquer un sujet d'actualité, pour faire des économies, l'Etat a imposé des baisses des prix des médicaments aux industriels. Ce deal implicite, ce pacte Faustien, a touché ses limites politiques et économiques. Il faut donc en inventer un autre. On y gagnera quelque chose, on y perdra aussi : il suffit de le savoir.

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