Par Jean-Marc Vittori.

Hier, François Hollande était à Dijon et le Président de la République a parlé de « choix courageux ». Et l’expression vous a frappé.

Oui, car les choix courageux ne faisaient pas partie jusqu’à présent du vocabulaire hollandais. Je me suis précipité sur mon livre de chevet de l’an dernier, les soixante engagements pour la France du candidat François Hollande. Il n’en est question nulle part. Alors bien sûr, le président a déjà pris des décisions courageuses en tant que chef des armées : l’intervention au Mali en janvier, la mobilisation générale contre la neige hier. Le Président garant des libertés a lancé le mariage pour tous. Mais le responsable ultime des comptes de l’Etat et le grand architecte de la politique économique n’avait jusqu’à présent guère donné dans le registre churchillien de la sueur et des larmes. Il avait préféré créer des emplois d’enseignants, rétablir la retraite à 60 ans pour certains salariés, se contenter de donner un coup de gourdin fiscal pour réduire le déficit budgétaire et surtout se raconter la belle histoire de la croissance qui allait revenir et faire rentrer des flots d’argent dans les caisses de l’Etat. C’est donc un vrai changement de cap.

Où veut donc nous emmener François Hollande ?

En novembre dernier, le président avait donné un premier indice : il avait dit qu’il fallait réduire les dépenses publiques de cinq points de PIB, ce qui fait tout de même 100 milliards d’euros. Hier à Dijon, il a donné un second indice : il a parlé de choix courageux sur les retraites et les prestations familiales. C’est donc la protection sociale qui est visée. En fait, François Hollande dessine en pointillés une politique extrêmement ambitieuse, en particulier pour un gouvernement de gauche : remise à plat de la protection sociale, réduction du périmètre de l’Etat, gain de productivité dans le secteur public, dialogue social renouvelé en profondeur. Pour compléter le tableau, il ne manque plus qu’une ouverture des marchés – marché du travail, mais aussi marchés de nombreux services qui sont encore verrouillés. Attention, je vais lâcher un gros mot : ça pourrait faire une politique libérale de gauche.

Est-ce que ça a la moindre chance de passer ?

Si je regarde dans le rétroviseur, je vous répondrais évidemment non.

L’identité française s’est construite autour de l’Etat, nous avons des réflexes profondément étatistes, et le libéralisme a toujours senti le soufre dans notre pays. En même temps, nous traversons actuellement une crise économique, sociale, morale, d’une violence inouïe. Tout en voulant que rien ne change, beaucoup de Français savent que ça devra changer pour en sortir. Il y a cinq ou dix ans, les idées actuellement testées par le gouvernement auraient provoqué des émeutes : la désindexation des retraites, l’amputation des allocations familiales. Aujourd’hui, ces pistes sont simplement débattues. Nous sommes peut-être à la veille d’un changement majeur.

Qu’est-ce qui peut bloquer ce changement ?

Je répondrai par deux questions. D’abord, François Hollande aura-t-il le courage d’aller jusqu’au bout de son projet ? Ensuite, en aura-t-il les moyens politiques, alors que sa cote de popularité dévisse à une vitesse sans précédent ? Mais là, je sors de mon champ de compétence. J’arrête donc de parler.

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