The corner of Wall Street and Broadway
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C’est ce que l’on s’est dit hier en découvrant sur une dépêche d’agence que les bonus des banquiers de Wall Street ont encore grimpé de 15% l’an dernier, et qu’ils ont retrouvé les niveaux proches de ceux de 2007, juste avant que la crise les mette sur le tapis. Les quelques 165.000 personnes qui travaillent dans la finance dans ce quartier de New York célèbre dans le monde entier, (ces salariés) se sont partagés l’an dernier presque 20 milliards d’euros. Même si elle frappe les esprits, la moyenne, 120.000 euros par personne, ne veut rien dire parce que certains traders ont encaissé des dizaines de millions d’euros et d’autres quelques milliers bien sûr.

Ces chiffres scandalisent des auditeurs, il y a bien tout de même une explication, non ? Disons qu’il y a une demi-explication. Les grandes banques newyorkaises, JP Morgan, Goldman Sachs, Morgan Stanley, expliquent qu’elles ont réalisé de gros bénéfices – mais dans la réalité quand même nettement moins que l’année précédente alors que les bonus augmentent. Ces grandes banques expliquent aussi que leurs salariés ont touché en 2013 de l’argent accordé plusieurs années avant, et donc qu’il y a un effet d’optique. La vérité est que la finance américaine n’a pas changé en dépit de toutes les promesses et que c’est à la fois insupportable sur le plan moral et dangereux sur le plan économique. L’exemple vient d’en haut puisque Jamie Dimon, le patron de JP Morgan, s’est accordée une hausse de salaire de 75% alors que le bénéfice de sa banque a reculé l’an dernier.

En quoi est-ce dangereux ? Concrètement, si l’industrie reprend effectivement des couleurs grâce aux innovations, à la résurrection de l’automobile et au gaz et au pétrole de schiste, c’est la finance, aux Etats-Unis, qui reprend la première place. Et pour augmenter leurs revenus, ses salariés peuvent être prêts à refaire toutes les bêtises qui ont conduit à 2007. Ce qui se passe dans ce pays, c’est que les inégalités continuent de progresser. En dix ans, le revenu moyen de neuf Américains sur dix a reculé de 12%. Alors qu’il a augmenté de 30% pour les plus favorisés. Et plus encore pour l’élite de l’élite, la minorité tout en haut de la pyramide. En bas de l’échelle, le nombre de personnes qui ont renoncé à travailler et donc même à s’inscrire au chômage est élevé, ce qui explique – pour une part, mais une part qui n’est pas nulle – le faible taux officiel du chômage.

Et donc, ces bonus de la finance américaine disent quelque chose de ce qui passe dans le monde ? Oui, la caractéristique de notre monde est que les inégalités se réduisent entre les pays (et tant mieux), mais qu’elles s’accroissent au sein des pays. Autrefois, il y avait le Nord et le Sud, les pays du Nord et les pays du Sud ; il y a désormais du Nord au Sud et du Sud au Nord, des riches dans les pays du Sud, des pauvres dans les pays développés. Les élites sont des autruches quand elles refusent de voir que cela ne durera pas éternellement.

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