Les idées avancent pour la sortie du Grand débat mais un paradoxe apparaît de plus en plus clairement : on voit les dépenses nouvelles qui se profilent et les envies de baisses d'impôt, en revanche des économies sur les dépenses publiques ne sont évoquées par personne.

Politiquement, ce qui avance, c’est d’abord l’idée qu’il n’y aura pas un grand soir du grand débat. Mi-fin avril, Emmanuel Macron et Edouard Philippe ne présenteront pas cinquante mesures et réformes. Il y en aura un peu, mais il y aura aussi des groupes de travail sur des chantiers qui prendront du temps et des rendez-vous dans le budget 2020. 

Concrètement ce qui avance, c’est l’idée du retour d’une vraie revalorisation des petites retraites. Selon des informations des Echos, le gouvernement réfléchit activement à un geste pour les retraités en 2020. Au lieu d’être limitée à 0,3%, la revalorisation suivrait l’inflation, soit autour de 1,3% jusqu’à 1.200 euros par mois – pour sept millions de retraités. Entre 1.200 et 2.000 euros, ce pourrait être la moitié. Ce serait justifié et j'ajoute même au-delà de 2.000 euros parce que, autant le relèvement de la CSG est logique (l’égalité devant l’impôt entre actifs et inactifs), autant la perte de pouvoir d’achat, quand les pensions ne suivent pas l’inflation, est de la spoliation pure et simple, une rupture d'un contrat de confiance. 

Enfin, ce qui avance écologiquement (ou recule si on veut) est qu’il n’y aura pas de retour de la hausse de la taxe carbone sur les carburants des particuliers, ni même de taxe carbone flottante.  

Et le paradoxe ? 

Le paradoxe est que l’on entend depuis des semaines beaucoup d’idées fiscales et d’idées de dépenses nouvelles, mais peu d’économies dans les dépenses publiques, les plus élevées des pays développés– hormis la très probable dégressivité des droits à chômage des cadres. 

Revalorisation des retraites, recul sur la taxe carbone (on vient d'en parler), baisse générale de la taxe d’habitation, hausse de l’impôt sur la fortune immobilière, sur les successions : cela part dans tous les sens au risque du ridicule, mais surtout on ne voit pas du tout comment le dentifrice va rentrer dans le tube. Ce ne sont ni la baisse du nombre de parlementaires (idée étrange au moment où on demande aux élus d’être proches de leurs administrés), ni une révision (néanmoins nécessaire) des indemnités des anciens Premiers ministres et ex-présidents de la République, qui vont équilibrer les + et les -. 

Au total, l’impression qui domine est que Matignon aimerait bien commencer à faire non seulement des additions mais aussi des soustractions mais que l'Elysée n’envoie aucun signal de son intérêt pour les secondes.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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