Vous vous penchez sur ce que vous appelez les quatre paradoxes du moment.

La période est à la fois troublée et surprenante, elle échappe, sur les plans économiques, sociaux et politiques aux repères habituels. On cherche en vain à faire un parallèle avec le choc de la crise financière de 2008-2009. On ne peut pas le faire davantage avec la rébellion de 1995 contre les réformes Juppé, la révolte des étudiants en 2006 contre le CPE, ou les manifestations de 2010 contre la réforme des retraites Sarkozy. Non, la période est atypique et on peut effectivement déceler quatre paradoxes – on pourrait presque dire quatre confusions actuelles.

Alors, on y va : le premier paradoxe concerne le climat économique.

Il est bizarre ; on le vit comme si la situation était aussi grave qu’après la faillite de Lehman Brothers, quand le monde entier était dans les cordes, avec en France un recul inédit de l’activité de 3%. Or, aujourd’hui, en 2013, il y aura peu de croissance, mais cela n’a rien à voir. Et pourtant, le climat est épouvantable. Pourquoi ? Parce qu’on a l’impression d’être dans un tunnel avec une économie à plat depuis six ans maintenant. En réalité, c’est faux : on l’a oublié, la croissance a été de 1,7% en 2010 et de 2% en 2011, mais pas assez pour faire baisser le chômage. Avant de replonger depuis. Le climat économique est schizophrénique.

Deuxième paradoxe, sur le climat social.

L’expression du mécontentement est particulière, puisqu’il échappe à ses porte-voix institutionnels. Les syndicats sont hors jeu. On a sous les yeux des irritations catégorielles, des artisans contre la hausse de la TVA, des personnels éducatifs contre la réforme des rythmes scolaires, des Bretons contre l’écotaxe etc. A chaque fois, on est obligé de dire des (Bretons) et pas tous les (Bretons). Sauf sur les impôts, où le mécontentement est général. Le climat social montre une France épuisée mais désordonnée.

Troisième paradoxe, lié au climat sur les réformes.

Le gouvernement dit beaucoup qu’il fait plus de réformes courageuses qu’aucun de ses prédécesseurs et que cela explique en partie ses difficultés. Numériquement, c’est faux. Démonstration. En économie, il a agi sur les retraites, le crédit d’impôt compétitivité et l’accord sur la flexibilité en entreprise. Ajoutons la BPI. Sur la même période sous Sarkozy, il y avait eu (on en pense ce que l’on veut) la détaxation des heures supplémentaires, le service minimum dans les transports, l’auto-entrepreneur, la rupture amiable du contrat de travail, les universités, la réorganisation des tribunaux et de l’armée et un bout de retraites. Difficile de dire aujourd’hui que trop de réformes tue les réformes.

Dernier paradoxe, lié au climat politique.

Le paradoxe est qu’il y a beaucoup de contestations mais peu de propositions alternatives. La droite ne dit rien de rien de concret. Et au PS, ni Manuel Valls, ni Martine Aubry (la mère des si funestes 35 heures) n’incarnent une autre ligne économique que celle du couple Hollande-Ayrault. C’est le vide. C’est pour cela que l’on va écouter attentivement la petite musique ou les grandes orgues de votre invité, Arnaud Montebourg.

Les liens

Le blog de Dominique Seux

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.