Une enquête de la Banque de France montre que les Français n’aiment pas l’argent ... liquide. Pourquoi ? Jusqu'où ?

Distributeur de billets
Distributeur de billets © AFP / PHILIPPE HUGUEN / AFP

Je ne vais pas élaborer une énième théorie philosophique sur la relation à la fois étrange et bien connue que les Français entretiennent avec l’argent et ceux qui en ont. 

Non, je veux dire plus simplement et modestement que les Français n’aiment pas, en tous cas de moins en moins et moins que d’autres, l’argent liquide. 

- Une analyse de la Banque de France parue hier montre qu’à part les Néerlandais, nous sommes, nous Français, les Européens qui payons le moins en espèces dans les magasins. 28% de nos achats seulement, contre 54% pour la moyenne des autres pays. 

- Mieux encore, le montant moyen d’un règlement en liquide est de 7,5 euros, contre un peu plus de 12 ailleurs. 

- Enfin, avec le Portugal, nous sommes le peuple qui détient le moins d’argent sur nous, dans nos poches, 32 euros, contre le double ailleurs en Europe. 

Bref, tout cela veut dire que les espèces servent aux petits achats, qu’au-delà de 20 euros, c’est souvent par carte bancaire voire encore par chèque. 

Au passage, notons -on ne sait pas si c’est de l’avance ou du retard- que les hommes sont plus attachés au liquide que les femmes, sans que je puisse vous en dire exactement les raisons. 

Alors, pourquoi les Français n’aiment-ils pas le liquide ? Eh bien, parce que les banques, plus que partout ailleurs, ont encouragé très tôt le chèque puis les cartes bancaires, plus simples à gérer, moins coûteux, plus sûrs aussi. L’Etat, qui traque la fraude fiscale, a poussé dans le même sens. 

Voilà pour les avantages. 

Mais on connaît un inconvénient majeur de cette situation : les cartes, c’est la fin de l’anonymat, le liquide est plus secret et discret. Les partisans du cash défendent l’idée de liberté qui lui est associé.  

Va-t-on vers une société sans cash ? Des pays résistent, comme l’Allemagne. Mais d’autres s’y dirigent tout droit, notamment au Nord de l’Europe, comme en Suède, mais aussi à l’Est, en Chine, où la plupart des paiements se font avec le téléphone portable -et on sait combien un pays comme la Chine surveille ainsi ses habitants. 

On peut imaginer que demain les empreintes digitales, la voix, et pourquoi pas la reconnaissance facile permettront de payer. 

Au total, le liquide se fait bien peu à peu ubériser, après trois millénaires d’existence.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.